À cela rien à dire. Les peuples comme les astres ont le droit d'éclipse. Et tout est bien, pourvu que la lumière revienne et que l'éclipse ne dégénère pas en nuit.
Victor Hugo, Les Misérables, V, I, 20.
Ulysse est rentré à Ithaque sous les traits d'un mendiant. Dans la grande salle, les prétendants qui assiègent Pénélope festoient une dernière fois avant le massacre. Le devin Théoclymène, hôte de passage, est le seul à voir ce qui les attend :
ἱεμένων Ἔρεβόσδε ὑπὸ ζόφον· ἠέλιος δὲ οὐρανοῦ ἐξαπόλωλε, κακὴ δ' ἐπιδέδρομεν ἀχλύς.» ὣς ἔφαθ', οἱ δ' ἄρα πάντες ἐπ' αὐτῷ ἡδὺ γέλασσαν.
[…] le portique et la cour sont pleins d'ombres qui se hâtent vers les ténèbres de l'Érébos ; Hèlios périt dans le ciel, et une brume affreuse se répand. — Il parla ainsi, et tous éclatèrent d'un rire joyeux.
Les prétendants rient, et Théoclymène quitte la salle. Est-ce une éclipse ? Le texte ne le dit pas, et rien dans le poème n'y oblige : les commentateurs modernes y lisent d'abord une vision de mort, l'ombre qui gagne la salle annonçant le carnage du chant XXII. Mais l'idée est ancienne. Héraclite l'allégoriste puis Plutarque y voyaient déjà une éclipse de soleil. Le doute reste entier. Il n'empêche pas de placer ce passage en tête : c'est le plus ancien texte grec où le soleil disparaît du ciel en plein jour devant des hommes qui refusent d'y croire.
Source. Homère, Odyssée, chant XX, trad. Leconte de Lisle (1893).
Il ne reste d'Archiloque, poète soldat de Paros, que des fragments. Ces vers sont mis dans la bouche d'un père que la conduite de sa fille a stupéfié, nous dit Aristote, et qui prend l'éclipse à témoin : après ce qu'on vient de voir dans le ciel, plus rien n'est impossible.
χρημάτων ἄελπτον οὐδέν ἐστιν οὐδ' ἀπώμοτον οὐδὲ θαυμάσιον, ἐπειδὴ Ζεὺς πατὴρ Ὀλυμπίων ἐκ μεσαμβρίης ἔθηκε νύκτ', ἀποκρύψας φάος ἡλίου λάμποντος, ὑγρὸν δ' ἦλθ' ἐπ' ἀνθρώπους δέος.
Rien désormais n'est inattendu, rien n'est à jurer impossible, rien n'est prodige, depuis que Zeus, le père des Olympiens, a fait la nuit à partir de midi, ayant caché la lumière du soleil brillant — et les hommes sont liquéfiés de peur.
L'éclipse ne détruit pas le monde, elle détruit la notion d'impossible. La suite pousse jusqu'à l'absurde : les dauphins iront paître dans la montagne.
Ce que dit le calcul. L'éclipse est celle du 6 avril 648 av. J.-C., la mieux placée des candidates. À Paros comme à Thasos, où Archiloque a vécu, elle cachait 99,8 % du disque, à 9 h 40 à Paros et à 9 h 44 à Thasos : quasi totale, et peut-être totale, l'incertitude sur la rotation de la Terre étant alors de huit minutes.
Source. Archiloque, fragment 122, éd. M. L. West, Iambi et Elegi Graeci. Traduction de l'auteur.
Le poème de Lucrèce expose la physique d'Épicure : un monde sans dieux qui interviennent, où tout phénomène a des causes naturelles, et souvent plusieurs possibles. Au livre V, après le cours du soleil et les phases de la lune, il en vient aux éclipses.
Solis item quoque defectus lunaeque latebras pluribus e causis fieri tibi posse putandumst. nam cur luna queat terram secludere solis lumine et a terris altum caput obstruere ei, obiciens caecum radiis ardentibus orbem, tempore eodem aliut facere id non posse putetur corpus, quod cassum labatur lumine semper?
Crois bien aussi que la défaillance du soleil et les obscurcissements de la lune prêtent à mille explications. Quoi ! tu demandes comment la lune peut nous exclure des feux du soleil, et comment elle lui voile la terre de son front sublime, qui oppose un disque aveugle aux rayons étincelants ; et tu ne crois pas que le même effet puisse venir d'un autre corps, qui roule éternellement privé de lumière !
Et vingt vers plus loin, en refermant le sujet :
quove modo [possent] offecto lumine obire et neque opinantis tenebris obducere terras, cum quasi conivent et aperto lumine rursum omnia convisunt clara loca candida luce
[…] comment leurs feux, voilés tout à coup, expirent, et plongent la terre dans une nuit inattendue ; comment ils semblent fermer et ouvrir de nouveau leur œil resplendissant, qui enveloppe le monde de sa blanche lumière.
Lucrèce ne choisit pas : il multiplie les causes possibles, et le corps obscur qui passerait sans lumière est une belle hypothèse perdue. En quittant le sujet, il prête aux astres un œil qui se ferme et se rouvre, quasi conivent. La traduction d'Henri Clouard (Garnier, 1931) est plus belle, « semblables à de grands yeux qui se ferment et se rouvrent tour à tour ».
Source. Lucrèce, De la nature des choses, V, dans Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus. Œuvres complètes, trad. sous la direction de Charles Nisard (Paris, Firmin-Didot, 1868).
À la fin de sa vie, le philosophe stoïcien, précepteur puis ministre de Néron, écrit un traité sur les phénomènes de la nature : foudre, vents, comètes, arcs-en-ciel. Le premier livre traite des lumières du ciel, et c'est à propos des miroirs qu'il explique comment on regarde une éclipse.
Pour observer une éclipse de soleil, on pose à terre des bassins remplis d'huile ou de poix, parce qu'un liquide onctueux se trouble moins facilement et retient mieux les images qu'il reçoit. Or, une image ne peut se laisser voir que dans un liquide immobile. Alors nous remarquons comment la lune s'interpose entre nous et le soleil ; comment ce globe, bien plus petit que le soleil, venant à lui faire face, le cache tantôt partiellement, s'il ne lui oppose qu'un côté de son disque, et parfois en totalité. On appelle éclipse totale celle qui fait paraître les étoiles en interceptant le jour ; elle a lieu quand le centre des deux astres se trouve pour nous sur le même axe.
L'éclipse ne se regarde qu'à l'envers, dans un bassin d'huile ou de poix posé à terre. Attitude pragmatique, Sénèque observe, il ne craint pas.
Source. Sénèque, Questions naturelles, I, 12, trad. Joseph Baillard, Œuvres complètes de Sénèque le Jeune, t. II (Paris, Hachette, 1914).
Le livre II de l'Histoire naturelle décrit le ciel. Arrivé aux éclipses, dont il expose la mécanique, Pline s'arrête sur la peur qu'elles ont inspirée, et donne trois exemples de ce qu'elle a coûté.
[…] crainte qui, comme on sait, a, pour l'éclipse du soleil, troublé Stésichore et Pindare, poètes sublimes […] Redoutant ce phénomène, dont il ignorait la cause, Nicias, général des Athéniens, n'osa pas faire sortir la flotte du port de Syracuse, et ruina la puissance de sa patrie.
Nicias commandait l'expédition athénienne contre Syracuse en 413 av. J.-C. : une éclipse de Lune, le 27 août, lui fit retarder de vingt-sept jours la retraite de sa flotte, le temps que les Syracusains l'enferment dans le port et détruisent l'armée, ce qui décida de la guerre du Péloponnèse. Les deux poèmes de Stésichore et de Pindare sont perdus : Pline est le premier anthologiste du sujet.
Source. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, II, 54, trad. Émile Littré (1848-1850).
Au printemps 430 av. J.-C., la guerre contre Sparte a commencé et la peste ravage Athènes. Périclès, le premier citoyen de la ville, arme cent cinquante navires pour aller frapper les côtes du Péloponnèse. Les troupes sont embarquées quand le soleil s'éclipse.
ἤδη δὲ πεπληρωμένων τῶν νεῶν καὶ τοῦ Περικλέους ἀναβεβηκότος ἐπὶ τὴν ἑαυτοῦ τριήρη τὸν μὲν ἥλιον ἐκλιπεῖν συνέβη καὶ γενέσθαι σκότος, ἐκπλαγῆναι δὲ πάντας ὡς πρὸς μέγα σημεῖον. ὁρῶν οὖν ὁ Περικλῆς περίφοβον τὸν κυβερνήτην καὶ διηπορημένον, ἀνέσχε τὴν χλαμύδα πρὸ τῶν ὄψεων αὐτοῦ, καὶ παρακαλύψας ἠρώτησε μή τι δεινὸν ἢ δεινοῦ τινος οἴεται σημεῖον· ὡς δ' οὐκ ἔφη, “τί οὖν,” εἶπεν, “ἐκεῖνο τούτου διαφέρει, πλὴν ὅτι μεῖζόν τι τῆς χλαμύδος ἐστὶ τὸ πεποιηκὸς τὴν ἐπισκότησιν;” ταῦτα μὲν οὖν ἐν ταῖς σχολαῖς λέγεται τῶν φιλοσόφων.
On allait mettre à la voile : tous les équipages étaient au complet, les troupes embarquées, et Périclès sur sa trirème, lorsqu'il survint une éclipse de soleil. Tous, effrayés de cette obscurité soudaine, la prirent pour un présage terrible. Périclès, voyant son pilote saisi d'épouvante et tout éperdu, étendit son manteau devant les yeux de cet homme, et lui en couvrit la tête ; puis il lui demanda s'il trouvait ceci un événement effrayant, ou le présage de quelque sinistre. « Non, dit le pilote. — Hé bien ! reprit Périclès, quelle différence y a-t-il entre ceci et cela, si ce n'est que ce qui cause cette obscurité est plus grand que mon manteau ? » Voilà du moins ce que l'on conte, dans les écoles des philosophes.
Plutarque explique ailleurs d'où Périclès tenait ce sang-froid. Il avait pour maître Anaxagore de Clazomènes, le premier à avoir écrit clairement sur la lumière et l'ombre de la Lune, et c'est auprès de lui qu'il « apprit à se mettre au-dessus des craintes superstitieuses qu'inspire la vue des phénomènes célestes à ceux qui en ignorent les causes ». Le manteau tendu devant le pilote met cette leçon en pratique. Plutarque lui-même garde ses distances avec l'anecdote : « voilà du moins ce que l'on conte, dans les écoles des philosophes ».
Ce que dit le calcul. L'éclipse la plus proche est celle du 3 août 431 av. J.-C., que Thucydide place au premier été de la guerre, un an avant l'expédition de Plutarque. Au Pirée, elle a caché 83 % du Soleil à 17 h 29.

Source. Plutarque, Vie de Périclès, 35 et 6, trad. Alexis Pierron (1845).
Pélopidas est le général thébain qui, avec Épaminondas, a fait de Thèbes la première puissance grecque. En 364 av. J.-C., les villes de Thessalie lui demandent de les délivrer du tyran Alexandre de Phères. L'armée est prête à partir quand le ciel s'assombrit.
ὁ μὲν ἥλιος ἐξέλιπε καὶ σκότος ἐν ἡμέρᾳ τὴν πόλιν ἔσχεν· ὁ δὲ Πελοπίδας ὁρῶν πρὸς τὸ φάσμα συντεταραγμένους ἅπαντας, οὐκ ᾤετο δεῖν βιάζεσθαι καταφόβους καὶ δυσέλπιδας ὄντας […] μέγα γὰρ ἐδόκει καὶ πρὸς ἄνδρα λαμπρὸν ἐξ οὐρανοῦ γεγονέναι σημεῖον.
Tout avait été prêt en peu de temps, et le général allait se mettre en campagne, lorsqu'il survint une éclipse de soleil, et que la ville, en plein jour, fut couverte de ténèbres. Pélopidas alors, voyant que ce phénomène troublait tous les esprits, ne voulut pas faire violence aux sentiments d'hommes épouvantés, et qui avaient perdu toute confiance […]. Il ne prit avec lui que trois cents cavaliers […] et partit, malgré les devins et malgré les désirs de ses concitoyens : car ce phénomène céleste paraissait un signe terrible, et qui menaçait quelque grand personnage.
Pélopidas laisse l'armée à Thèbes, part avec trois cents cavaliers volontaires, bat Alexandre à Cynoscéphales et meurt dans la bataille, en se jetant sur le tyran. Le présage s'est accompli, ce qui explique sans doute que Plutarque le raconte.
Ce que dit le calcul. L'éclipse est celle du 13 juillet 364 av. J.-C. À Thèbes, elle n'a caché que 60 % du disque, à 9 h 15, ce qui ne fait pas de ténèbres en plein jour. Plutarque écrit près de cinq siècles après les faits, et la tradition a grossi l'obscurité.

Source. Plutarque, Vie de Pélopidas, trad. Alexis Pierron (1845).
Un hadith, c'est-à-dire un récit rapporté sur le Prophète par un témoin, ici al-Mughira ibn Shu'ba, et recueilli deux siècles plus tard par al-Bukhari dans la collection que l'islam sunnite tient pour la plus sûre. Le jour où meurt Ibrahim, le fils du Prophète, le soleil s'éclipse sur Médine.
انْكَسَفَتِ الشَّمْسُ يَوْمَ مَاتَ إِبْرَاهِيمُ، فَقَالَ النَّاسُ انْكَسَفَتْ لِمَوْتِ إِبْرَاهِيمَ. فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم « إِنَّ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ آيَتَانِ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ، لاَ يَنْكَسِفَانِ لِمَوْتِ أَحَدٍ وَلاَ لِحَيَاتِهِ، فَإِذَا رَأَيْتُمُوهُمَا فَادْعُوا اللَّهَ وَصَلُّوا حَتَّى يَنْجَلِيَ ».
Le soleil s'éclipsa le jour où mourut Ibrahim, et les gens dirent : « Il s'est éclipsé pour la mort d'Ibrahim. » Et Muhammad répond : « Le soleil et la lune sont deux signes parmi les signes de Dieu. Ils ne s'éclipsent ni pour la mort de quiconque ni pour sa vie. Quand vous les voyez ainsi, invoquez Dieu et priez jusqu'à ce que l'éclipse se dissipe. »
Ibrahim, fils du Prophète et de Maria la Copte, meurt en bas âge. La foule lie l'éclipse à la mort de l'enfant, et le père, qui vient de le perdre, dénoue le lien de causalité mais remet l'humanité dans les mains de Dieu.
Ce que dit le calcul. À Médine, le 27 janvier 632, l'éclipse est partielle : 77 % du disque solaire caché, maximum à 7 h 51, Soleil à 16° au-dessus de l'horizon.

Source. Al-Bukhari, Sahih, livre de l'éclipse (kitāb al-kusūf), n° 1060, récit d'al-Mughira ibn Shu'ba. Traduction de l'auteur.
Au printemps 1185, Igor, prince de Novgorod-Seversk, part avec ses frères attaquer les Polovtses, nomades des steppes du Don. Le poème, la plus ancienne épopée russe, raconte la campagne, la défaite et la captivité du prince. Dès le départ, le ciel l'avertit.
Тогда Игорь възрѣ на свѣтлое солнце и видѣ отъ него тьмою вся своя воя прикрыты […] Спала князю умь похоти, и жалость ему знаменіе заступи искусити Дону Великаго.
Igor, ayant tourné ses regards vers le soleil brillant et radieux, vit qu'il couvrait d'ombre son armée entière […] Une noble ardeur se glisse dans l'âme du prince, elle écarte de son esprit tous les sinistres présages.
Le vieux slave dit mieux : жалость ему знаменіе заступи, le désir lui fit écran au présage. L'ombre est double, celle du ciel et celle de l'envie, et c'est la seconde qui perd Igor.
Ce que dit le calcul. L'éclipse est celle du 1er mai 1185. Sur le Donets, où marchait l'armée, elle a caché 72 % du disque à 17 h 22, Soleil à 19° au-dessus de l'horizon : une morsure bien visible, pas une nuit. C'est l'une des rares éclipses du corpus dont la date est donnée par les chroniques elles-mêmes.

Source. Le Dit de la campagne d'Igor, traduction anonyme du XIXe siècle.
La Vita Nova raconte l'amour de Dante pour Béatrice, en prose et en vers. Au chapitre XXIII, malade et alité depuis neuf jours, il est pris de délire et voit en songe la mort de Béatrice, annoncée par tous les signes de la mort du Christ.
E pareami vedere lo sole oscurare, sì che le stelle si mostravano di colore ch'elle mi faceano giudicare che piangessero ; e pareami che li uccelli volando per l'aria cadessero morti.
Et il me semblait voir le soleil s'obscurcir, si bien que les étoiles se montraient d'une couleur qui me les faisait juger en pleurs ; et il me semblait que les oiseaux, volant dans l'air, tombaient morts.
Le soleil obscurci, les oiseaux qui tombent, la terre qui tremble un peu plus loin : Dante emprunte à l'Évangile les signes de la Passion pour la mort d'une jeune femme. Les étoiles ne pleurent pas : elles ont la couleur de ce qui pleure.
Source. Dante, Vita Nova, XXIII. Traduction de l'auteur.
La Sepmaine raconte en vers les sept jours de la Création, et fut l'un des livres les plus lus de son siècle. Au Quatrième Jour, celui des astres, le poète protestant s'adresse à la Lune et lui explique ses propres éclipses et celles de son frère le Soleil.
Mais pour te revancher de la Terre, qui garde Que pour lors front à front Phœbus ne te regarde, Ton épaisse rondeur se loge quelquefois Entre Phœbus et nous sur la fin de ton mois. Et d'autant que les rais qui partent de sa face, Ne traversent l'épais de ton obscure masse, Phœbus comme sujet aux douleurs du trépas, Semble être sans clarté, bien qu'il ne le soit pas. Ainsi donc ton éclipse est au sien tout contraire, Le tien se fait souvent ; rare est celui de ton frère. Ton éclipse vraiment efface ta beauté ; Le sien prive nos yeux, non son front de clarté. La terre est celle là qui te rend ainsi sombre ; L'éclipse du Soleil est causé par ton ombre.
Du Bartas s'adresse à la Lune et appelle le Soleil son frère. Le mot éclipse est encore masculin. La cosmologie est exacte, et la peur reste logée dans un seul mot : le Soleil semble subir les douleurs du trépas, « bien qu'il ne le soit pas ».
Source. Guillaume du Bartas, La Sepmaine ou Création du monde, Quatrième Jour (1578), orthographe modernisée.
Le vieux comte de Gloucester vient de lire une fausse lettre, forgée par son fils bâtard Edmond, qui accuse son fils légitime de comploter sa mort. Bouleversé, il cherche dans le ciel la cause du désordre.
Gloucester :
Ces dernières éclipses de soleil et de lune ne nous présagent rien de bon. […] l'amour se refroidit, l'amitié se détend, les frères se divisent ; émeutes dans les cités ; discordes dans les campagnes ; dans les palais, trahisons.
Et Edmond, resté seul :
Admirable subterfuge de l'homme putassier : mettre ses instincts de bouc à la charge des étoiles !
La croyance et sa réfutation en une phrase, sans que Shakespeare tranche. La même séquence que le Prophète le jour de la mort de son fils Ibrahim (n° 8), près de mille ans plus tôt. Des éclipses avaient réellement eu lieu à Londres à l'automne 1605, une de Lune le 27 septembre et une de Soleil le 12 octobre, et les spectateurs de 1606 les avaient en mémoire.
Ce que dit le calcul. Le 12 octobre 1605, à 13 h 01, la Lune a caché 88 % du Soleil au-dessus de Londres : une éclipse que beaucoup ont sans doute vue.

Source. William Shakespeare, Le Roi Lear, I, 2, trad. François-Victor Hugo.
Au premier chant, Satan et ses anges viennent d'être précipités du ciel. Relevés de l'étang de feu, ils se rangent en armée devant leur chef, qui les passe en revue. Milton décrit alors Satan, archange déchu mais encore rayonnant.
[…] as when the Sun new ris'n Looks through the Horizontal misty Air Shorn of his Beams, or from behind the Moon In dim Eclips disastrous twilight sheds On half the Nations, and with fear of change Perplexes Monarchs.
Sa forme n'avait pas encore perdu toute sa splendeur originelle ; il ne paraissait rien moins qu'un archange tombé, un excès de gloire obscurcie : comme lorsque le soleil nouvellement levé, tondu de ses rayons, regarde à travers l'air horizontal et brumeux ; ou tel que cet astre derrière la lune, dans une sombre éclipse, répand un crépuscule funeste sur la moitié des peuples, et par la frayeur des révolutions tourmente les rois : ainsi obscurci, brillait encore au-dessus de tous ses compagnons l'archange.
Burke tenait ce passage pour le sommet du sublime en poésie. Shorn of his beams, « tondu de ses rayons ».
Source. John Milton, Le Paradis perdu, I, trad. François-René de Chateaubriand (Paris, Renault et Cie, 1861).
Chapelle, ami de Molière et de Cyrano, poète de cabaret et de bonne compagnie, écrit à un correspondant qui lui demandait un traité sur l'éclipse. Il lui sert une fable : Pallas lui est apparue pour lui raconter ce qui s'est vraiment passé là-haut.
Le Soleil, tiré au sort pour avoir les yeux bandés :
Tous les hommes sont si peureux Qu'ils se croiroient morts quand mes feux Commenceroient à disparoître. Chacun fermeroit sa fenêtre, Et Morin, le plus fou d'entre eux, En prédiroit quelque bicêtre.
Et la partie elle-même :
Le reste, vous l'avez pu voir. Chacun put lors s'apercevoir Que l'on ne voyoit presque goutte ; Et, sans la Lune, qui sans doute Ne fit pas trop bien son devoir, Le Soleil faisoit banqueroute, Le matin devenoit le soir ; Vous étiez tous au désespoir, Croyant la nature en déroute ; Et pas un n'eût pu concevoir Que nous autres là-haut, sur la céleste voûte, Ne faisions que crier : Gare le pot au noir.
Ce jour-là, Jupiter avait trop bu de nectar, et Momus, le dieu des sornettes, a proposé aux planètes une partie de colin-maillard. Le sort tombe sur le Soleil, la Lune se charge de lui couvrir le visage. Gare le pot au noir est le cri du jeu, qui prévient celui qui a les yeux bandés d'un obstacle. Un bicêtre est un malheur. Seul texte du corpus entièrement consacré à une éclipse, et qui en rit.
Morin est Jean-Baptiste Morin (1583-1656), professeur royal de mathématiques et astrologue, selon la note de l'édition de 1854. Sa présence rend probable l'éclipse du 12 août 1654, celle où les Parisiens se cachèrent dans les caves (Arago, n° 18).
Source. Chapelle, « Stances sur une éclipse de soleil », Œuvres de Chapelle et de Bachaumont, éd. Tenant de Latour (Paris, Jannet, 1854), p. 166-168.
Un poème de dix strophes, écrit au retour d'un voyage sur le continent. Le 7 septembre 1820, Wordsworth est en barque sur le lac de Lugano avec sa femme et sa sœur quand la lumière change. Le poème part de la sensation, puis s'envole vers les statues du Dôme de Milan que l'imagination du poète voit s'assombrir.
Or something night and day between, Like moonshine—but the hue was green; Still moonshine, without shadow, spread On jutting rock, and curvèd shore […]
Ou quelque chose entre le jour et la nuit, semblable à un clair de lune — mais la teinte en était verte ; un clair de lune encore, sans ombre portée, répandu sur le roc saillant et la grève courbe.
« Clair de lune sans ombre portée » est une observation physique exacte : la lumière d'un Soleil très entamé garde sa direction, donc ses ombres, mais perd son éclat, et l'œil hésite entre le jour et la nuit. La teinte verte est aussi souvent rapportée.
Ce que dit le calcul. L'éclipse du 7 septembre 1820 était annulaire, mais la bande d'annularité passait bien au nord de l'Italie. À Lugano, à 14 h 50, elle a caché 87 % du disque, ce qui suffit à cette lumière étrange.

Source. William Wordsworth, Memorials of a Tour on the Continent, 1820 (Londres, 1822). Traduction de l'auteur.
Trois témoins de l'éclipse du 8 juillet 1842. Stifter, Tourgueniev et Arago publient en 1842, 1851 et 1854 : ils sont réunis ici à la date de l'éclipse qu'ils décrivent.


Le romancier autrichien, alors précepteur à Vienne et peintre à ses heures, observe l'éclipse totale du 8 juillet 1842 du haut d'une tour de la vieille ville. Il en tire, six jours plus tard, un récit en trois livraisons pour un journal de mode, l'un des plus célèbres textes allemands sur une éclipse.
Wir hatten uns das Eindämmern wie etwa ein Abendwerden vorgestellt, nur ohne Abendröte; wie geisterhaft ein Abendwerden ohne Abendröte sei, hatten wir uns nicht vorgestellt.
Nous nous étions représenté cette tombée d'obscurité comme un soir, mais sans rougeoiement du couchant ; à quel point un soir sans couchant est spectral, nous ne nous l'étions pas représenté.
Farben, die nie ein Auge gesehen, schweiften durch den Himmel.
Des couleurs que jamais œil n'avait vues erraient à travers le ciel.
Ich habe immer die alten Beschreibungen von Sonnenfinsternissen für übertrieben gehalten […] aber alle, so wie diese, sind weit hinter der Wahrheit zurück.
J'ai toujours tenu les anciennes descriptions d'éclipses pour exagérées […] mais toutes, celle-ci comprise, restent loin en deçà de la vérité.
Vienne, 8 juillet 1842, deux minutes. Un homme qui savait tout calculer d'avance et que le phénomène ébranle. Il finit par l'aveu d'insuffisance sur lequel se referme aussi Cooper.
Stifter observait depuis la tour du Kornhäusel, Seitenstettengasse, la « maison n° 495 » du texte. Le récit parut en trois livraisons dans la Wiener-Moden-Zeitung, les 14, 15 et 16 juillet 1842, six jours après l'événement. Cette publication d'origine comporte un post-scriptum de deux questions, omis dans la plupart des réimpressions.
Source. Adalbert Stifter, « Die Sonnenfinsternis am 8. Juli 1842 », Wiener-Moden-Zeitung (1842). Traduction de l'auteur.
Le narrateur, égaré à la chasse, passe la nuit près d'un feu avec cinq jeunes garçons qui gardent des chevaux dans la steppe. Les enfants se racontent des histoires de revenants, puis l'un d'eux en vient à l'éclipse que tout le village a vue.
— А скажи, пожалуй, Павлуша, — начал Федя, — что, у вас тоже в Шаламове было видать предвиденье-то небесное?
[…] Барин-то наш, хоша и толковал нам напредки, что, дескать, будет вам предвиденье, а как затемнело, сам, говорят, так перетрусился, что на-поди. А на дворовой избе баба-стряпуха, так та, как только затемнело, слышь, взяла да ухватом все горшки перебила в печи: «Кому теперь есть, говорит, наступило светопрестановление». Так шти и потекли.
— Dis donc, Pavloucha, commença Fédia, chez vous aussi, à Chalamovo, on l'a vue, la prévision céleste ? [note de Tourgueniev : « C'est ainsi que les paysans, chez nous, appellent l'éclipse de soleil. »]
[…] Notre maître avait eu beau nous expliquer d'avance qu'il y aurait une prévision, quand ça s'est assombri, lui-même, à ce qu'on dit, a eu une de ces peurs. Et dans la maison des domestiques, la cuisinière, dès que ça s'est assombri, elle a pris le tisonnier et cassé tous les pots dans le four : « Qui va manger maintenant, qu'elle dit, la fin du monde est arrivée. » Et la soupe aux choux s'est répandue par terre.
Tourgueniev met une note en bas de page pour traduire le mot paysan, предвиденье небесное, la prévision céleste : ils nomment l'éclipse d'après ce qui l'annonce, non d'après ce qu'elle est. Le maître qui avait tout expliqué d'avance prend peur comme les autres, c'est Stifter en version russe et comique. Les villageois sortent ensuite attendre l'Antéchrist, et voient venir un homme à la tête étrange et se cachent. C'était le tonnelier, qui rapportait une jarre neuve sur son crâne.
Ce que dit le calcul. À Tchern, le 8 juillet 1842, maximum à 8 h 27, magnitude 99 %. « Le soleil a cessé d'être visible » n'est pas une exagération paysanne, c'est exact.
Source. Ivan Tourgueniev, Mémoires d'un chasseur, « La Prairie de Béjine ». Traduction de l'auteur.
Directeur de l'Observatoire de Paris, Arago est allé observer l'éclipse totale de 1842 dans sa ville natale de Perpignan, avec instruments et assistants. L'Astronomie populaire, publiée après sa mort, en tire un chapitre entier.
Son observation à Perpignan :
Je vis deux protubérances qui semblaient s'élancer de la partie septentrionale ; elles n'avaient ni l'une ni l'autre une direction normale à la périphérie de la Lune ; on aurait dit des montagnes qui devaient inévitablement s'ébouler.
Et le paragraphe qui relie deux siècles :
Fontenelle rapporte qu'en l'année 1654, sur la simple annonce d'une éclipse totale, une multitude d'habitants de Paris allèrent se cacher au fond des caves. Grâce aux progrès des sciences, l'éclipse totale de 1842 a trouvé le public dans des dispositions bien différentes […] Une vive et légitime curiosité avait remplacé des craintes puériles. Les populations des plus pauvres villages des Pyrénées et des Alpes se transportèrent en masse sur les points culminants d'où le phénomène devait être le mieux aperçu […] À Perpignan, les personnes gravement malades étaient seules restées dans leurs chambres.
Arago donne 4 h 53 pour Perpignan à un endroit, « entre cinq et six heures du matin » à un autre. Le calcul par Novilune donne 5 h 43 à l'heure vraie du Soleil.
Source. François Arago, Astronomie populaire, livre XXII, chapitres 10 à 14 (1854-1857).
À dix-sept ans, dans la bibliothèque paternelle de Recanati, Leopardi écrit un essai sur les erreurs populaires des anciens, chapitre après chapitre : les oracles, les songes, les comètes. Le onzième traite des éclipses.
Questo fenomeno è terribile per sè medesimo. […] Ma quando esso si ecclissa, niun corpo si vede che se gli sovrapponga : il solo suo disco rimane offuscato, e sembra annerire a poco a poco a guisa di un carbone che va a spegnersi. Questa idea si presenta naturalmente a un intelletto non istruito, all'accadere di una ecclissi. Gli antichi temerono infatti che il sole e la luna si spegnessero al loro ecclissarsi, o corressero almeno pericolo di estinguersi, e questo timore non potea esser tolto che dalla scienza.
Ce phénomène est terrible en lui-même. […] Mais quand il s'éclipse, on ne voit aucun corps venir se poser sur lui : son disque seul s'obscurcit, et semble noircir peu à peu comme un charbon qui va s'éteindre. Cette idée se présente naturellement à un esprit sans instruction, quand survient une éclipse. Les anciens craignirent en effet que le soleil et la lune ne s'éteignent en s'éclipsant, ou du moins ne courent le risque de s'éteindre, et cette crainte ne pouvait être levée que par la science.
Leopardi a dix-sept ans. Il ne décrit pas une éclipse, il décrit l'idée qu'elle fait naître chez qui ne sait pas : on ne voit aucune Lune passer devant, on voit un feu qui s'éteint. La peur est donc raisonnable, et seule la science peut la lever. Il rapporte ensuite, d'après Plutarque, l'histoire de Périclès (n° 6) :
L'esercito ateniese comandato da Pericle era per imbarcarsi. Si ecclissa il sole, e lo spavento si sparge per tutta l'armata. Pericle vede il suo piloto smarrito ed incerto che impallidisce, e si confonde. Gli getta il suo mantello sul volto, gli fa osservare che come quel mantello posto tra i suoi occhi e gli oggetti circostanti gl'impedisce di vedere questi ultimi, così la luna collocata tra la terra e il sole […]
L'armée athénienne commandée par Périclès allait s'embarquer. Le soleil s'éclipse, et l'épouvante se répand dans toute l'armée. Périclès voit son pilote égaré et hésitant, qui pâlit et se trouble. Il lui jette son manteau sur le visage, lui fait observer que, de même que ce manteau placé entre ses yeux et les objets alentour l'empêche de les voir, de même la lune placée entre la terre et le soleil […]
Ce que dit le calcul. Leopardi a vu enfant l'éclipse du 11 février 1804 à Recanati, souvent présentée comme totale. Elle y était partielle : 98,7 % du disque caché, maximum à 12 h 48.

Source. Giacomo Leopardi, Saggio sopra gli errori popolari degli antichi, chapitre XI, publication posthume (1846). Traduction de l'auteur.
Le sonnet paraît dans Le Mousquetaire en décembre 1853, quelques mois après une première crise de folie de Nerval. « El Desdichado », le déshérité, est le nom d'un chevalier inconnu d'Ivanhoé.
Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l'Inconsolé, Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Un des plus mystérieux et des plus beaux poèmes de la littérature française. Le soleil noir vient probablement de la gravure Melencolia I de Dürer, pas du ciel. Mais l'oxymore est celui de la totalité, un disque noir bordé de lumière, et il est resté attaché à l'image de l'éclipse. Éclipse figurée, sans phénomène observé.
Source. Gérard de Nerval, « El Desdichado » (1853), Les Chimères.
Un sonnet d'amour sombre, adressé à une femme que le poète appelle la Lune de sa vie et qu'il aime dans ses éclipses comme dans ses éclats. Il paraît en revue en 1859, puis dans la seconde édition des Fleurs du Mal, parmi les poèmes du cycle de Jeanne Duval.
Le soleil s'est couvert d'un crêpe. Comme lui, Ô Lune de ma vie ! emmitoufle-toi d'ombre ; Dors ou fume à ton gré ; sois muette, sois sombre, Et plonge tout entière au gouffre de l'Ennui ;
Je t'aime ainsi ! Pourtant, si tu veux aujourd'hui, Comme un astre éclipsé qui sort de la pénombre, Te pavaner aux lieux que la Folie encombre, C'est bien ! Charmant poignard, jaillis de ton étui !
Pénombre au sens astronomique exact, et le poème bascule sur ce Pourtant, au moment où l'astre ressort. Le soleil couvert d'un crêpe, l'étoffe du deuil. Ici l'amant ordonne à sa Lune de s'éclipser, puis lui permet d'en sortir.
Source. Charles Baudelaire, « Le Possédé », Revue française (1859), repris dans Les Fleurs du Mal (1861).
Un poème en prose. Le rêveur se croit dans une chambre parfaite, hors du temps, auprès de l'idole aimée, jusqu'à ce qu'un coup frappé à la porte le rende à sa vraie chambre, sordide, et à la pendule.
C'est quelque chose de crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre ; un rêve de volupté pendant une éclipse.
Non ! il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes ! Le temps a disparu ; c'est l'Éternité qui règne, une éternité de délices !
Oh ! oui ! le Temps a reparu […] les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit : « — Je suis la Vie, l'insupportable, l'implacable Vie ! »
Six mots, « un rêve de volupté pendant une éclipse », et la teinte est juste : rose, bleu, crépusculaire. Le poème a la forme du phénomène : entrée, suspension du temps, retour de la pendule. Seul texte du corpus où la fin de la totalité est vécue comme une catastrophe.
Source. Charles Baudelaire, « La chambre double », La Presse (1862), repris dans Le Spleen de Paris (1869).
Le 16 juin 1806, Cooper a seize ans. Renvoyé de Yale, il est chez son père à Cooperstown, le village que celui-ci a fondé au bord du lac Otsego, et il assiste à l'éclipse totale avec toute la famille. Il en écrit le récit trente ans plus tard, et sa fille Susan le retrouve dans ses papiers après sa mort. Le texte raconte toute la journée, jusqu'à un prisonnier qu'on sort de son cachot pour voir le ciel.
La lune devient un corps
We are accustomed to think of the sun, and also of the moon, as sources of light, as etherial, almost spiritual, in their essence. But the positive material nature of the moon was now revealed to our senses […] The passage of two ships at sea, sailing on opposite courses, is scarcely more obvious than this movement of one world before another. Darkness like that of early night now fell upon the village.
Nous avons coutume de penser le soleil, et la lune aussi, comme des sources de lumière, comme éthérés, presque spirituels par essence. Mais la nature positivement matérielle de la lune se révélait alors à nos sens […] Le croisement de deux navires en mer, faisant route en sens contraire, n'est guère plus manifeste que ce mouvement d'un monde devant un autre. Une obscurité pareille à celle du début de la nuit tomba alors sur le village.
Les bêtes
Swallows were dimly seen dropping into the chimneys […] "Hist! The whippoorwill!" whispered a friend near me […] The song of the summer birds, so full in June, had entirely ceased for the last half hour. A bat came flitting about our heads.
On voyait confusément les hirondelles se laisser tomber dans les cheminées […] « Chut ! L'engoulevent ! » souffla un ami près de moi […] Le chant des oiseaux d'été, si plein en juin, avait entièrement cessé depuis une demi-heure. Une chauve-souris vint voleter autour de nos têtes.
La totalité
At twelve minutes past eleven, the moon stood revealed in its greatest distinctness — a vast black orb […] My father stood immovable, some fifteen feet from me, but I could not discern his features. Three minutes of darkness, all but absolute, elapsed. They appeared strangely lengthened by the intensity of feeling.
À onze heures douze, la lune se tenait révélée dans sa plus grande netteté — un vaste globe noir […] Mon père se tenait immobile à quinze pieds de moi, mais je ne pouvais distinguer ses traits. Trois minutes d'obscurité, presque absolue, s'écoulèrent. Elles parurent étrangement allongées par l'intensité du sentiment.
Les bêtes rentrent, et le silence se mesure à ce qui manque. Un fils ne distingue plus le visage de son père à quinze pieds. Le temps s'allonge, comme chez Baudelaire (n° 22).
Ce que dit le calcul. Cooper se souvient de onze heures douze et de trois minutes d'obscurité. À Cooperstown, le maximum tombe à 11 h 04 et la totalité dure 4 min 33 s. Il écrivait trente ans après les faits.
Source. James Fenimore Cooper, « The Eclipse », Putnam's Monthly Magazine 21 (septembre 1869), p. 352-359. Traduction de l'auteur.
Une expédition de la Compagnie de la baie d'Hudson a fondé un fort au cap Bathurst, sur l'océan Arctique. L'astronome Thomas Black les a accompagnés dans un seul but : observer de là l'éclipse totale du 18 juillet 1860. Le chapitre porte la date en titre.
Le disque brun de la lune s'avançait peu à peu. Déjà les objets terrestres prenaient une teinte particulière de jaune orangé. L'atmosphère, au zénith, avait changé de couleur. À dix heures un quart, la moitié du disque solaire était obscurcie. Quelques chiens, errant en liberté, allaient et venaient, montrant une certaine inquiétude et aboyant parfois d'une façon lamentable. Les canards, immobiles sur les bords du lac, jetaient leur cri du soir et cherchaient une place favorable pour dormir. Les mères appelaient leurs petits, qui se réfugiaient sous leurs ailes. Pour tous ces animaux, la nuit allait venir, et c'était l'heure du sommeil.
À onze heures, les deux tiers du soleil étaient couverts. Les objets avaient pris une teinte de rouge vineux. Une demi-obscurité régnait alors, et elle devait être à peu près complète pendant les quatre minutes que durerait l'occultation totale.
Mais déjà quelques planètes, Mercure, Vénus, apparaissaient, ainsi que certaines constellations, la Chèvre, et du Taureau, et d'Orion. Les ténèbres s'accroissaient de minute en minute.
Thomas Black, l'œil à l'oculaire de sa lunette, immobile, silencieux, suivait les progrès du phénomène. À onze heures quarante-trois, les deux disques devaient être exactement placés l'un devant l'autre.
Et une minute plus tard :
« Mais elle s'en va ! elle s'en va ! s'écria-t-il d'une voix étranglée. La lune, la lune fuit ! elle disparaît ! »
En effet, le disque lunaire glissait sur celui du soleil sans l'avoir masqué tout entier ! Les deux tiers seulement de l'orbe solaire avaient été recouverts !
Le démenti du ciel révèle que le fort n'est plus où il croyait : il dérive sur une plaque de glace détachée du continent. Unique dans le corpus : l'éclipse n'est ni présage ni spectacle, elle est un instrument de position. Le désaccord entre observation et éphéméride donne la latitude.
Ce que dit le calcul. Verne a pris de grandes libertés, et pas seulement sur la géographie. La bande de totalité de 1860 passait à 2 000 km environ du cap Bathurst, où l'éclipse a eu lieu à 4 h 50, Soleil à 14° au-dessus de l'horizon, et non à midi : 57 % du diamètre caché, ce qui n'est pas loin des « deux tiers » du roman. Mais l'obscurité qu'il décrit une heure avant le maximum n'existe pas. L'œil ne perçoit rien tant que moins de 90 % du Soleil est caché, et les planètes n'apparaissent que dans la dernière minute avant la totalité. La proximité du pôle n'y change rien : la proportion de lumière perdue est la même sous toutes les latitudes, et l'œil ne juge que des proportions. Si le pôle joue, c'est en sens inverse, pendant la totalité, quand un Soleil bas laisse l'horizon éclairé tout autour de l'ombre (mesures dans K.-P. Möllmann et M. Vollmer, « Measurements and predictions of the illuminance during a solar eclipse », European Journal of Physics 27, 2006).

Source. Jules Verne, Le Pays des fourrures, chapitre XXIII (1873).
Un poème du « Livre satirique », écrit en exil à Guernesey deux jours avant le plébiscite par lequel Napoléon III fit approuver son régime, le 8 mai 1870. L'éclipse est celle de la conscience publique : cinquante vers où l'on ne sait plus distinguer le vrai du faux, le bien du mal, et où « le démon souriant dit : Je suis méconnu ».
La terre par moments doute ; on ne comprend plus. L'homme a devant les yeux de la brume, un reflux, On ne sait quoi de pâle et de crépusculaire ; On n'a plus d'allégresse, on n'a plus de colère ; La disparition produit l'effarement. L'œil fauve du hibou regarde affreusement. […] La route est noire ; on crie, on s'appelle, on se nomme. Qui donc est là ? Parlez. On tâte son voisin. La foule éparse flotte avec un bruit d'essaim ; On se touche, on se voit, mais on n'est plus ensemble. […] L'âme alors est sinistre, et voit avec angoisse Ces occultations redoutables de Dieu.
Hugo décrit un obscurcissement moral, mais avec les signes exacts d'une éclipse : le hibou, le froid, la pâleur, les gens qui s'appellent et se tâtent dans le noir. « Le mal est empereur, la nuit est reine. »
Source. Victor Hugo, « Éclipse », Les Quatre Vents de l'esprit (1881).
Deux témoins de l'éclipse du 19 août 1887. Korolenko et Tchekhov écrivent sur la même matinée.
Korolenko, écrivain et journaliste revenu de déportation en Sibérie, se rend à Iouriévets, petite ville sur la Volga, où des astronomes ont installé un observatoire provisoire. Son reportage raconte la nuit d'attente, la foule des paysans hostiles aux savants, puis l'éclipse. À l'aube, devant l'observatoire, les paysans lancent :
Ишь, остроумы… Как бы остроломы не накликали беды.
— Voyez-moi ces beaux esprits… Pourvu que ces casse-tout n'attirent pas le malheur.
Le jeu de mots oppose остроумы, les beaux esprits, à остроломы, forgé sur ломать, casser. L'éclipse commence à l'heure exactement prédite.
Видишь, как рассчитали ?
— Tu vois comme ils avaient calculé ?
Iouriévets, sur la Volga, 19 août 1887. Cooper et Stifter décrivent ce que l'éclipse fait voir, Korolenko décrit ce que la prédiction fait à une foule. De la menace au respect en une matinée, et le basculement tient en quatre mots. Réponse directe à Arago (n° 18), qui croyait le passage achevé en 1842. Tchekhov (n° 27) écrit sur la même éclipse.
Ce que dit le calcul. Iouriévets était dans la bande de totalité : 2 min 36 s.
Source. Vladimir Korolenko, « На затмении », Rousskié Védomosti, n° 244 (1887). Traduction de l'auteur.
Tchekhov a vingt-sept ans et vit de ses nouvelles comiques dans les journaux de Moscou. L'éclipse annoncée pour le 7 août lui inspire deux textes, parus ensemble dans le Boudilnik du 9 août 1887. Le numéro a été visé par la censure le 7 août, le jour même de l'éclipse : ils étaient écrits avant. « Avant l'éclipse » est une scène dialoguée : le Soleil et la Lune, assis derrière l'horizon, négocient le prix de la représentation. « Des notes d'un homme irascible » est un feuilleton commencé en juillet sous le sous-titre « Pas un fait, mais un événement véridique » : un savant en villégiature, harcelé par les demoiselles de la datcha voisine, décide d'observer l'éclipse scientifiquement.
« Avant l'éclipse » (« Перед затмением ») :
Солнце и месяц сидят за горизонтом и пьют пиво. […] Солнце. […] Ну-с, наводи тень на Москву, но тоже с умом. Постарайся, чтобы затмение вышло тенденциозно. Ты покрой потемками только северную часть Москвы, а южную оставь… Пусть Замоскворечье, которое находится в южной части, увидит, как мы его игнорируем… Темное царство !
Le Soleil et la Lune sont assis derrière l'horizon et boivent de la bière. […] LE SOLEIL. […] Bon, envoie l'ombre sur Moscou, mais avec discernement. Tâche que l'éclipse soit tendancieuse. Ne couvre de ténèbres que la partie nord de Moscou, et laisse la partie sud… Que le Zamoskvoretchié, qui est dans la partie sud, voie comme nous l'ignorons… Le royaume des ténèbres !
« Des notes d'un homme irascible » (« Из записок вспыльчивого человека ») :
Это как раз 7-е августа 1887 года, когда было затмение солнца. Надо вам заметить, что во время затмения каждый из нас может принести громадную пользу, не будучи астрономом. Так, каждый из нас может: 1) определить диаметр солнца и луны, 2) нарисовать корону солнца, 3) измерить температуру, 4) наблюдать в момент затмения животных и растения, 5) записать собственные впечатления и т. д. […] Но вот черное пятно надвигается на солнце. Всеобщее смятение. Коровы, овцы и лошади, задрав хвосты и ревя, в страхе носились по полю. Собаки выли. Клопы, вообразив, что настала ночь, вылезли из щелей и начали кусать тех, кто спал. […] Беру карандаш и записываю время с секундами. Это важно. Записываю географическое положение наблюдательного пункта. Это тоже важно. Хочу определить диаметр, но в это время Машенька берет меня за руку и говорит:
— Не забудьте же, сегодня в одиннадцать часов!
Я отнимаю свою руку и, дорожа каждой секундой, хочу продолжать наблюдения, но Варенька судорожно берет меня под руку и прижимается к моему боку. Карандаш, стекла, чертежи — всё это валится на траву. Чёрт знает что! […]
Хочу я продолжать, но затмение уже кончилось! […] — А я, Николай Андреевич, исполнила ваше поручение. Я наблюдала млекопитающих. Я видела, как перед затмением серая собака погналась за кошкой и потом долго виляла хвостом.
C'est justement le 7 août 1887, le jour de l'éclipse de soleil. Il faut vous dire que, pendant une éclipse, chacun de nous peut rendre d'immenses services sans être astronome. Chacun de nous peut ainsi : 1) déterminer le diamètre du soleil et de la lune, 2) dessiner la couronne du soleil, 3) mesurer la température, 4) observer au moment de l'éclipse les animaux et les plantes, 5) noter ses propres impressions, etc. […] Mais voici qu'une tache noire s'avance sur le soleil. Émoi général. Vaches, moutons et chevaux, la queue dressée et mugissant, couraient le champ en tous sens, épouvantés. Les chiens hurlaient. Les punaises, croyant la nuit venue, sortirent des fentes et se mirent à mordre ceux qui dormaient. […] Je prends un crayon et je note l'heure, à la seconde. C'est important. Je note la position géographique du poste d'observation. C'est important aussi. Je veux déterminer le diamètre, mais à ce moment Machenka me prend la main et dit : « N'oubliez pas, aujourd'hui à onze heures ! » Je retire ma main et, chaque seconde étant précieuse, je veux poursuivre les observations, mais Varenka me saisit convulsivement le bras et se serre contre mon flanc. Crayon, verres, croquis, tout tombe dans l'herbe. Que diable ! […] Je veux poursuivre, mais l'éclipse est déjà finie ! […] — Moi, Nikolaï Andréïevitch, j'ai rempli votre mission. J'ai observé les mammifères. J'ai vu, avant l'éclipse, un chien gris poursuivre un chat, puis remuer longtemps la queue.
La même éclipse que Korolenko (n° 26) : le 7 août du calendrier russe est le 19 août du nôtre. Tchekhov s'en moque deux fois. Dans la pièce, le Soleil et la Lune marchandent le prix de l'éclipse comme deux boutiquiers. Dans les « Notes », le savant a distribué les tâches, le diamètre pour lui, la couronne pour un officier blessé, les animaux pour les demoiselles, et tout s'effondre dans l'herbe au moment décisif.
Ce qu'il a vraiment vu, Tchekhov le raconte à son éditeur Nikolaï Leïkine le 11 août, depuis la datcha de Babkino : « L'éclipse a raté. C'était nuageux et brumeux. J'ai observé la domesticité et les poules : distrayant et instructif. L'obscurité, très imposante, a duré une minute environ. La matinée s'est passée gaiement et s'est terminée par un rhume. »
Ce que dit le calcul. La géographie de la pièce est exacte. Le Soleil demande de ne couvrir que le nord de Moscou, puis de « toucher Klin, Zavidovo, les endroits où se sont réunis les astronomes ». La limite de la totalité traversait bien la ville : le nord (Ostankino) en totalité 40 s, le Kremlin et le Zamoskvoretchié juste en dehors. Zavidovo était en totalité 2 min 27 s. « Le Royaume des ténèbres » est le surnom que Dobrolioubov avait donné au monde marchand d'Ostrovski, qui vivait justement au Zamoskvoretchié : la pièce le laisse dans la lumière.
La pièce finit sur le Soleil qui se lève « hélas, couvert de nuages et de brouillard ». Le 19 août 1887, la pluie et les nuages gâchèrent l'éclipse autour de Moscou, et Mendeleïev monta seul en ballon depuis Klin pour tenter de percer la couche. Babkino, elle, était dans la totalité : 1 min 51 s, Soleil à 16° au-dessus de l'horizon. La minute d'obscurité de la lettre est juste.
Source. Anton Tchekhov, « Перед затмением » et « Из записок вспыльчивого человека », Œuvres complètes, t. 6, et lettre à N. A. Leïkine du 11 août 1887. Traduction de l'auteur.
Hank Morgan, mécanicien du Connecticut, reçoit un coup sur la tête en 1879 et se réveille à la cour du roi Arthur, en 528. Condamné au bûcher, il se souvient qu'une éclipse doit avoir lieu et prétend la commander pour sauver sa peau.
Le frisson sur la foule
I was in one of the most grand attitudes I ever struck, with my arm stretched up pointing to the sun. It was a noble effect. You could see the shudder sweep the mass like a wave.
J'avais pris l'une des plus grandes attitudes que j'aie jamais prises, le bras tendu vers le haut, pointant le soleil. L'effet fut noble. On voyait le frisson balayer la masse comme une vague.
L'imposteur qui ne sait pas assez
There were a thousand pathetic protests, but I couldn't shorten up any, for I couldn't remember how long a total eclipse lasts. […] Hang him, he said it was the twenty-first! It made me turn cold to hear him.
Il y eut mille protestations pathétiques, mais je ne pouvais rien abréger, car je ne me rappelais pas combien de temps dure une éclipse totale. […] Le diable l'emporte, il me dit que c'était le vingt et un ! J'en eus froid dans le dos.
La nuit
It got to be pitch dark, at last, and the multitude groaned with horror to feel the cold uncanny night breezes fan through the place and see the stars come out and twinkle in the sky.
Il finit par faire nuit noire, et la multitude gémit d'horreur en sentant passer par la place les souffles froids et étranges de la nuit, et en voyant les étoiles sortir et scintiller au ciel.
Le tour de passe-passe est ancien. En février 1504, Christophe Colomb, échoué en Jamaïque et privé de vivres par les habitants, avait annoncé grâce à ses tables que la Lune allait s'éteindre la nuit du 29 : l'éclipse de Lune eut lieu, et les vivres revinrent. Twain le sait à peine, son héros parle de « Colomb, ou Cortés, ou un de ces gens-là ». L'invention est ailleurs. Hank Morgan a l'éclipse pour lui et ne sait pas assez : il ignore combien dure une totalité, s'est trompé de jour, gagne du temps en réclamant des vêtements, retarde la fin du spectacle qu'il prétend commander. Et la seule description physique du chapitre porte sur les hommes, pas sur le ciel : le revers exact de Cooper.
Ce que dit le calcul. Twain date l'éclipse au 21 juin 528. La nouvelle lune la plus proche est le 19 juin 528, et elle ne porte aucune éclipse.
Source. Mark Twain, A Connecticut Yankee in King Arthur's Court, chapitre VI (1889). Traduction de l'auteur.
Dernier des trois romans de Tartarin. Le héros, revenu ruiné de sa colonie de Port-Tarascon, s'est exilé à Beaucaire, de l'autre côté du Rhône. Son disciple Pascalon, qui tient le journal du récit, apprend sa mort chez le barbier.
Ce matin, tout angoissé sans savoir pourquoi, je suis sorti en ville, pour ma barbe, comme tous les dimanches, et j'ai été frappé de voir le ciel voilé, roux, un de ces ciels sans lumière qui mettent en valeur les arbres, les bancs, les trottoirs, les maisons. J'en ai fait la remarque en entrant chez Marc-Aurèle, le barbier.
« Quel drôle de soleil ! Il ne chauffe pas, n'éclaire pas… Est-ce qu'il y a une éclipse ?
— Comment, monsieur Pascalon, vous ne le savez pas ?… Elle est annoncée depuis le premier du mois. »
Et en même temps qu'il me tenait par le nez avec le rasoir tout près : « Et la nouvelle, vous la connaissez, dites ?… Il paraîtrait que notre grand homme n'est plus de ce monde.
— Quel grand homme ? »
Quand il nomma Tartarin, d'un peu plus je me coupais avec son rasoir.
« Voilà ce que c'est de se dépatrier !… Il n'a pas pu vivre sans Tarascon… »
Marc-Aurèle le barbier ne croyait pas dire si juste.
Sans Tarascon et sans la gloire, c'était sûr qu'il ne pourrait pas vivre.
Pauvre bon maître ! Pauvre Tartarin !… Tout de même, cette coïncidence… une éclipse le jour de sa mort !
Pascalon, le fidèle de Tartarin, sort se faire raser un dimanche sous un ciel roux et sans lumière. Le barbier lui apprend deux nouvelles d'un même souffle, l'éclipse annoncée depuis le début du mois et la mort de Tartarin. Daudet ne tranche pas entre la coïncidence et le présage, c'est Pascalon qui hésite.
Source. Alphonse Daudet, Port-Tarascon (Paris, Dentu, 1890), p. 354-355.
Le 29 juin 1927, Virginia Woolf prend un train de nuit pour voir l'éclipse totale depuis une lande du Yorkshire. Elle en tire une page de son journal le lendemain, puis un essai paru dans Time and Tide le 3 février 1928. Son récit, confronté seconde par seconde au calcul, a sa propre page : Les vingt-quatre secondes de Virginia Woolf.
Une chanson de 1939, sur un air de swing. Le Soleil attend la Lune, mais elle n'est jamais là quand il arrive, et il ne l'est pas quand elle vient : il fait jour quand l'un se montre, nuit quand c'est l'autre. Le refrain les laisse à se chercher, et les bavards d'en bas à commenter.
Le ressort est l'inverse de l'éclipse : le rendez-vous est toujours manqué. L'éclipse est le seul moment où il a lieu, et la chanson n'en parle pas.