Novilune — éclipses solaires : histoire, astronomie, observation
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16 juin 1406, de la Gironde à la Seine

Le mercredi 16 juin 1406, entre six et sept heures du matin, la Lune a masqué entièrement le Soleil sur une large bande allant de la Gascogne à la Lorraine, Paris compris. Quatre témoins ont décrit cette éclipse : un greffier du Parlement, un moine de Saint-Denis, un notaire de Bordeaux, un marin castillan. Cette page les met en regard du calcul.

Par Ludovic Debono · publié le 8 septembre 2026

16 juin 1406 : une éclipse totale sur la France

Ce qu'en ont écrit un greffier, un moine, un notaire et un marin


Le mercredi 16 juin 1406, entre six et sept heures du matin, la Lune a masqué entièrement le Soleil sur une large bande allant de la Gascogne à la Lorraine. Paris s'y trouvait — et Bordeaux, à quelques kilomètres près, qui n'était pas alors une ville française : la Guyenne relevait du roi d'Angleterre depuis 1152, et le resta jusqu'en 1453.

L'événement a laissé des traces écrites. Certaines ont été rédigées le jour même, à quelques centaines de mètres du lieu dont elles décrivent le ciel. D'autres sont venues plus tard, et l'une d'elles, trois siècles après.

Cette page les rassemble et les met en regard du calcul. Quatre hommes, quatre statuts : un officier du roi de France, un moine de Saint-Denis, un notaire en terre anglaise et un capitaine castillan allié de la France. Un seul matin.


Paris

Date mercredi 16 juin 1406 (calendrier julien)
Date grégorienne proleptique 25 juin 1406
Jour julien à 0 h 2 234 765,5
Premier contact 5 h 18 min 36 s
Début de la totalité 6 h 10 min 54 s
Maximum 6 h 12 min 16 s
Fin de la totalité 6 h 13 min 39 s
Dernier contact 7 h 09 min 47 s
Durée de la totalité 165 s, soit 2 min 45 s
Magnitude 1,0192
Hauteur du Soleil au maximum 19,42°
Largeur de la bande 420 km

Heures en temps solaire vrai local — celle des cadrans, la seule qui ait un sens au XVe siècle. Calcul Novilune sur l'éphéméride DE441, ΔT = 312 ± 20 s.

Carte Novilune de l'éclipse du 16 juin 1406. La bande de totalité traverse le pays du sud-ouest au nord-est. Paris s'y trouve, à 42 km de la ligne centrale, et Blaye aussi. Rouen et Bordeaux sont l'un et l'autre à quelques kilomètres en dehors, contre les bords nord et sud — la limite passe entre Blaye et Bordeaux.
Carte Novilune de l'éclipse du 16 juin 1406. La bande de totalité traverse le pays du sud-ouest au nord-est. Paris s'y trouve, à 42 km de la ligne centrale, et Blaye aussi. Rouen et Bordeaux sont l'un et l'autre à quelques kilomètres en dehors, contre les bords nord et sud — la limite passe entre Blaye et Bordeaux.

Le greffier

Trois registres du Parlement de Paris portent une notation de l'éclipse. Le greffier civil est alors Nicolas de Baye (v. 1364-1419), dont Alexandre Tuetey a édité le journal.

Registre des Matinées — Arch. nat., X¹ᵃ 4787, fol. 369 v° :

Mercredi, xvje jour de juin, au Conseil. Et cedit jour, entre vj et vij heures à matin et assez tost après vj heures, quant l'en visitoit les requestes en la Chambre, apparu eclipse de soleil tel que le soleil, qui une heure paravant luisoit moult bel, net et cler, souffri tel defaut de clarté ou bas monde que l'en ne voioit ne que à l'eure de x heures de nuit ou environ ij heures après minuit, et dura ce l'espace de la xije partie d'une heure ou environ, par especial en nostre climat.

Registre du Conseil — Arch. nat., X 1478, fol. 273 r° :

Eclypse de soleil. Du mercredi 16 juin 1406. Cedit jour, entre vj et vij heures, peu après vj heures devant midi, entendant que l'en visitoit les requestes, le soleil, qui paravant dès iiij heures avoit luit clèrement et nettement, souffri éclipse de clarté, par espécial en ce climat, tel que l'en veoit aussi obscurement que l'en voit à x heures de nuit ou a ij heures après minuit ; et dura ceste obscurté l'espace de la xe partie d'une heure ou environ, novilunio existente.

Mémorial, en latin :

xvja junii, illo anno, hora modicò post sextam, eclipsis solis tanta quòd vix videbatur per quartam partem hore ; hoc mense etc., nix circa Parisius in Sancto Dionisio, grossior ovo galline, cecidit in magna copia.

Le 16 juin de cette année, un peu après la sixième heure, éclipse de Soleil telle qu'on n'y voyait guère, pendant un quart d'heure ; ce mois-ci, etc., une grêle plus grosse qu'un œuf de poule tomba en abondance autour de Paris et à Saint-Denis.

Matinées Conseil Mémorial
Heure assez tost après vj h peu après vj h, devant midi hora modico post sextam
Ciel avant clair depuis une heure clair dès iiij heures
Durée 1/12 h (5 min) 1/10 h (6 min) 1/4 h (15 min)

L'heure est cohérente d'un registre à l'autre, et c'est une heure de travail : on visitait les requêtes en la Chambre. Le ciel a été regardé au milieu d'une audience, pas depuis un lieu d'observation.

L'état du ciel avant l'événement est rarement noté dans les sources médiévales. Ici il l'est deux fois : clair depuis une heure, clair dès quatre heures. Pour un observateur moderne, c'est l'indication qui rend le reste utilisable.

L'obscurité n'est pas décrite comme une nuit. Le repère donné est dix heures de nuit, ou deux heures après minuit. À Paris, à la mi-juin, deux heures après minuit, le Soleil est encore assez peu enfoncé sous l'horizon pour que le ciel garde une clarté sensible — il est alors à 12,85° sous l'horizon. On est à une semaine du solstice d'été : cette nuit-là, à Paris, le Soleil n'est jamais descendu plus bas que 17,7° sous l'horizon, et il n'a donc pas fait nuit noire une seule fois entre le soir du 15 et le matin du 16. La comparaison situe donc un niveau de lumière plutôt qu'elle ne décrit un effroi.

La durée varie du simple au triple selon le registre. Elle n'était pas l'objet de la notation.

Dans la marge du registre du Conseil, à hauteur du texte, figure un soleil dessiné. Il est signalé par Douët d'Arcq (1863) et par Grün (1863).


Le moine

Michel Pintoin, chantre de Saint-Denis (à neuf kilomètres au nord de Paris, dans la bande elle aussi), tient la chronique latine du règne de Charles VI. Le manuscrit BnF, latin 5959, dont les folios 1 à 96 couvrent les années 1403 à 1409, est de sa main et porte ses corrections : la page sur 1406 a donc été écrite peu d'années après les faits.

[…] tempore dum sol adhuc in […] signo volveretur, a septemtrionali plaga condensa nubes inopinate processit, que parvo temporis spacio poli faciem occupans sic solis obnubilavit splendorem, quod fere per dimidiam horam diem illum velut in noctem obscurissimam convertit.

Alors que le Soleil roulait encore dans le signe de […], une nuée épaisse s'avança soudain de la région du nord ; occupant en peu de temps la face du ciel, elle voila si bien l'éclat du Soleil qu'elle changea ce jour, pendant près d'une demi-heure, en une nuit très obscure.

Le nom du signe zodiacal manque dans le texte imprimé. Son éditeur, Louis Bellaguet, a proposé de restituer les Gémeaux. Le calcul place en fait le Soleil au tout début du Cancer, à environ 2,6°. L'écart s'explique simplement : au calendrier julien alors en usage, ce 16 juin correspond au 25 juin du nôtre, et l'entrée du Soleil dans le Cancer tombe entre les deux dates.

La description, elle, est celle d'une masse sombre qui vient du nord et qui passe : un mouvement, avec une direction. Sur ce point, le calcul ne suit pas le témoignage : l'ombre est arrivée par le sud-ouest — azimut 238,7° vue de Paris quand elle touche encore le sol à 1871 km —, filant vers le nord-est à 1,853 km par seconde.

Pintoin ajoute :

Hujus eclypsis future antea jam astrologi diem et horam notaverant.

Les astrologues avaient noté d'avance le jour et l'heure de cette éclipse à venir.

L'éclipse n'a donc pas surpris tout le monde. Le calcul des conjonctions et des éclipses était une pratique établie, fondée sur les tables alphonsines, et Paris comptait des praticiens capables de la mener.

Un carnet de travail conservé à la Bibliothèque nationale de France en donne un exemple pour cette éclipse même. Le manuscrit latin 7443 est pour l'essentiel de la main de l'astrologue parisien Simon de Boesmare (mort en 1448) : pronostications, horoscopes politiques, notes médicales, calculs de conjonctions. Il y figure une figure du ciel dressée pour le milieu de l'éclipse, calculée pour le méridien de Paris. Elle place le Soleil à 3° du Cancer — le calcul moderne donne 2,6° — et donne l'instant en heures comptées depuis midi, selon l'usage des tables alphonsines : dix-huit heures et treize minutes après midi du 15 juin, soit 6 h 13 le matin du 16.

Le calcul moderne place ce milieu à 6 h 12, heure solaire vraie de Paris. Les deux valeurs concordent. Cette concordance suppose toutefois une valeur de ΔT : sur la fourchette que la littérature admet pour 1406, l'heure calculée s'étend de 6 h 05 à 6 h 15. Le nombre de Boesmare tombe dans cet intervalle, près de son milieu.

La lecture des deux chiffres ne va pas de soi : cette main emploie des formes longtemps confondues, et elles n'ont été identifiées qu'en les comparant à d'autres pages du même carnet — tables de moyens mouvements, tables d'agrégation de durées — où le contexte contraint leur valeur. C'est cette calibration qui donne la lecture. Le calcul ne l'a pas choisie, il est venu après. Un témoin extérieur la conforte : vers 1495, Simon de Phares cite pour cette éclipse « XVIII heures, à Paris », le même nombre dans la même convention.

Le manuscrit a appartenu à ce même Simon de Phares, puis au roi François Ier.

Figure du ciel dressée pour le moment de l'éclipse du 16 juin 1406, calculée pour le méridien de Paris. Carré astrologique de la main de Simon de Boesmare. BnF, ms. latin 7443, fol. 61 v°. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, ms. latin 7443. Figure du ciel dressée pour le moment de l'éclipse du 16 juin 1406, calculée pour le méridien de Paris. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, ms. latin 7443.

Une note sur la date : Pintoin écrit decima septima die, le 17 juin. Le 16 est donné par les registres du Parlement et par les autres témoins.


Le notaire

À Bordeaux, un notaire de la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem tient un terrier — le registre où un seigneur consigne ses biens, ses tenanciers et les redevances qu'ils lui doivent. Il y transcrit, avec la formule d'acte dont il se sert d'ordinaire — Actum fuit —, des notices qui n'ont rien de notarial : le siège de Blaye, les prix des denrées, une gelée. Et cette ligne, en gascon :

Aquet medis jorn entorn la hora de meya prima fo gran escurtat deu sorelh et duret petit.

Ce même jour, vers l'heure de mi-prime, il y eut grande obscurité du Soleil, et cela dura peu.

« Mi-prime » n'est pas une heure d'horloge. Les heures canoniales sont inégales : le jour, du lever au coucher, se divise en douze, et ces heures s'allongent en été. Le 16 juin 1406 à Bordeaux, le Soleil se lève à 4 h 18 et l'heure vaut 77 minutes. Prime court de 4 h 18 à 5 h 35, tierce commence à 6 h 52. Selon qu'on entend meya prima comme le milieu de prime ou comme le mi-chemin de prime à tierce, l'indication tombe vers 4 h 56 ou vers 5 h 35 — pour un maximum calculé à 5 h 55. Elle situe l'événement dans la journée liturgique plus qu'elle ne le date.

Le rapprochement mérite d'être noté : le même matin, le greffier de Paris écrit une heure d'horloge, le notaire de Bordeaux une heure d'église. Deux systèmes de temps pour un seul événement.

Son nom n'est pas connu.

Bordeaux Blaye
Magnitude 0,9966 1,0022
Part du Soleil masquée 99,86 % 100 %
Maximum 5h 54m 44s 5h 54m 50s
Totalité non oui — 62 s
Durée de l'éclipse entière 109 min 109 min

Ce « non » de la ligne Totalité dépend de ΔT, le retard accumulé de la rotation terrestre, inconnu à quelques minutes près pour le XVe siècle. Avec la valeur de référence, Bordeaux reste hors de la bande. Aux bornes de la littérature, la magnitude va de 0,9911 à 1,0126, et la ville passe dans la bande à l'une d'elles. La bande est calculée à deux kilomètres près — sa position, elle, n'est connue qu'à cent soixante-dix.

Reste à savoir d'où il écrivait. À Bordeaux même, 99,86 % du Soleil était masqué : une obscurité profonde, mais pas la nuit. La totalité commençait vingt-trois kilomètres plus au nord — et Blaye, dont le même registre raconte le siège, s'y trouve : on y a connu soixante-deux secondes d'obscurité totale. Le texte ne dit pas où se tenait son rédacteur, et rien ne permet de trancher. Mais « duret petit » se comprend mal d'une éclipse qui, à cette latitude, s'est étendue sur près de deux heures. Il se comprend bien d'une minute de nuit en plein matin.

Le texte ne contient ni présage ni frayeur. Son intérêt tient à l'endroit où il se trouve : un registre foncier, entre deux affaires de terres, où le ciel a valu une ligne. Cet homme n'avait pas d'autre outil d'écriture que son formulaire, et il s'en est servi pour noter ce qui lui semblait devoir être retenu.

Arch. dép. Gironde, série H, 657, Ordre de Malte, terrier 1206.


Les galères

La Castille était alors alliée de la France contre l'Angleterre, et l'escadre de Pero Niño armait à Rouen pour une campagne en vue de prendre Jersey en octobre de la même année.

Gutierre Díaz de Games, porte-étendard du capitaine castillan, a écrit la biographie de son maître, El Victorial. Il y rapporte le départ des galères ce matin-là.

Et comme les galères quittaient Rouen vers l'heure de prime et que l'on commençait à ramer, le Soleil s'obscurcit, et tous les gens des galères et ceux qui étaient à terre furent en grande épouvante ; ils disaient au capitaine qu'il renonçât au départ, et que cela n'était pas un pronostic favorable pour entrer en campagne. Les marins étaient tous d'avis qu'il ne fallait point partir de toute cette lune ; les uns prétendaient que le Soleil était blessé [ferido], ce qui annonçait une grande mortalité parmi le monde ; d'autres qu'il y aurait de terribles tourmentes sur mer.

La réponse prêtée au capitaine occupe ensuite plusieurs lignes :

Le Soleil est plus élevé que la Lune, et il arrive maintenant que la Lune passe devant le Soleil et empêche sa lumière d'arriver à nous ; car la Lune par elle-même est obscure et n'a d'autre clarté que celle qu'elle reçoit du Soleil […] Le Soleil conserve toujours sa lumière tout entière ; il ne meurt, ni ne peut être blessé, ni être plus obscur à présent qu'auparavant. Ce n'est pas une merveille que deux hommes venant l'un de la Chine, l'autre de Prusse, et allant par le monde se rencontrent, et leur rencontre ne donne rien à présager ; c'est un voyage, ce n'est pas un présage.

Non debemos creer en señales.

Deux explications figurent ainsi dans le même récit : le Soleil blessé, et la Lune qui passe devant. La seconde est exacte. Il faut rappeler que le texte est une biographie écrite après coup, à la gloire de son sujet, et que le discours est rapporté par un auteur qui avait intérêt à montrer son maître calme et savant.

Magnitude 0,9992
Maximum 6 h 08 min 15 s
Hauteur du Soleil 18,92°
Totalité non — mais à moins de 1 % de la limite

Ce « non » de la ligne Totalité dépend de ΔT, le retard accumulé de la rotation terrestre, inconnu à quelques minutes près pour le XVe siècle. Avec la valeur de référence, Rouen reste dehors. Aux bornes de la littérature, la magnitude va de 0,9838 à 1,0045, et la ville passe dans la bande à l'une d'elles. La bande est calculée à deux kilomètres près — sa position, elle, n'est connue qu'à cent soixante-dix.


Les témoignages tardifs

L'Histoire de Charles VI attribuée à Jean Juvénal des Ursins couvre les années 1380-1422. Son auteur est Jean II Jouvenel des Ursins (1388-1473), le futur archevêque de Reims : c'est lui-même qui a latinisé le nom familial de Jouvenel en Juvénal, sous lequel les éditions anciennes le publient. Fils du prévôt des marchands de Paris, alors en fonction, il avait dix-sept ans en juin 1406 et se trouvait dans la ville. Il a rédigé son texte vers 1430-1435, soit une génération plus tard. L'Histoire de Charles VI lui a été longtemps attribuée avec réserve. L'édition récente de Joël Blanchard et Sébastien Cazalas donne l'attribution pour acquise. Nous citons l'édition de 1614.

Le seiziesme iour de Iuin, entre six & sept heures au matin, feut eclipse de Soleil bien merueilleuse, qui dura pres de demie heure. Et ne veoit on quelque chose que ce feust, non plus que s'il eust esté nuict, & default de Lune. Et estoit grand pitié de veoir le peuple se retraire dedans les Eglises, & cuidoit on que le monde deust faillir. Toutesfois la chose passa, & feurent assemblez les Astronomiens, qui dirent que la chose estoit bien estrange, & signe d'vn grand mal aduenir.

L'heure est celle des registres. La durée a doublé. Surtout, apparaît ce qui n'est pas dans les notations du Parlement : la foule dans les églises, la crainte de la fin du monde, et une consultation d'experts après coup.

Une chronique universelle abrégée, anonyme, continuée jusqu'en 1431 et conservée dans un manuscrit du XVe siècle, donne :

L'an mil IIIIc VI. Le XXVIe jour de juing fu le grand eclipse de soleil. Et en cel an alla le duc d'Orleans au pays de Guyenne pour faire guerre aux Engloys, mais il s'en retourna sans rien faire.

La date est fautive : le 26 pour le 16. Ce genre de glissement est fréquent dans les chroniques abrégées, et il fait partie des raisons pour lesquelles les éclipses anciennes sont parfois difficiles à identifier.

BnF, ms. français 23018, fol. 329 v°.


La postérité d'un seul texte

C'est la version de Juvénal qui a circulé. Elle était imprimée dès 1614, repérable au feuilletage, et elle raconte une panique. Les notations du Parlement, elles, sont restées dans les registres jusqu'à leur publication par Douët d'Arcq en 1863.

Au XIXe siècle, l'éclipse de 1406 figure ainsi dans les recueils de frayeurs collectives. Camille Flammarion la place, en 1893, entre la conjonction planétaire de 1186, les prédictions d'Arnaud de Villeneuve pour 1335 et le déluge annoncé par Stöffler pour 1524 :

En 1406, sous Charles VI, une éclipse de soleil, arrivée le 16 juin, produisit une panique générale dont Juvénal des Ursins s'est fait l'historien.

Suit la citation du passage sur les églises et la fin du monde.


Une reprise du XVIIe siècle

Le passage suivant n'est pas un témoignage. Il figure dans le journal d'Eustache Grillon (1637-1699), médecin à Provins, soit près de trois siècles après les faits :

En 1406, le 16 juin 7 heures du matin, il arriva une eclipse de soleil si terrible durant deux heures que l'on crut que la fin du monde etoit arrivée tant les tenebres furent grandes.

On ignore s'il s'appuie sur une source provinoise aujourd'hui perdue ou s'il paraphrase Juvénal des Ursins, dont il reprend la formule sur la fin du monde.


Aucun de ces textes n'a été écrit pour l'astronomie. Le greffier note l'heure parce que le Parlement siégeait, le moine décrit une nuée parce qu'il tenait une chronique, le notaire glisse une ligne entre deux affaires de terres, le porte-étendard raconte un départ de galères. Aucun ne cherchait à mesurer quoi que ce soit, et c'est ce qui rend leur accord avec le calcul intéressant : il n'a pas été voulu.


Sources

  • Nicolas de Baye, Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, 1400-1417, éd. Alexandre Tuetey, Société de l'histoire de France, t. I, p. 159-160 et t. II, p. 291-292. Ms. Arch. nat., X¹ᵃ 4787, fol. 369 v°.
  • Registre du Conseil : L. Douët-d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, Société de l'histoire de France, t. I, pièce CXXIII, p. 287-288. Ms. Arch. nat., X 1478, fol. 273 r°.
  • Michel Pintoin, Chronique du Religieux de Saint-Denys, éd. L. Bellaguet, t. III, p. 390-393. Ms. BnF, latin 5959.
  • « Chronique ou journal du siége de Blaye et de Bourg », Archives historiques du département de la Gironde, t. III, n° LXXII, p. 179-182, 1861. Ms. Arch. dép. Gironde, série H, 657, Ordre de Malte, terrier 1206.
  • Gutierre Díaz de Games, El Victorial.
  • Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI, éd. Théodore Godefroy, Paris, A. Pacard, 1614, p. 221.
  • Jean Juvénal des Ursins, Chronique de Charles VI, roi de France, introduction, traduction et notes par Joël Blanchard et Sébastien Cazalas, Paris, Pocket, coll. « Agora », 2022, 960 p. ISBN 978-2-266-29272-6.
  • BnF, ms. français 23018, fol. 329 v°.
  • BnF, ms. latin 7443. Description : D. Juste, Catalogus Codicum Astrologorum Latinorum, II : Les manuscrits astrologiques latins conservés à la Bibliothèque nationale de France à Paris, Paris, 2015, p. 162-167.
  • Eustache Grillon, Journal, dans Provins et sa région, 1977.
  • Camille Flammarion, « La fin du monde (suite) », La Science illustrée, 2 décembre 1893, p. 301-303.

Calculs : Novilune, éphémérides JPL DE441.