Matériel d'étude et éléments de démographie
et éléments de démographie
Le matériel d’étude
Les fouilles de la cathédrale Notre-Dame-du-Bourg, effectuées sous la direction de Gabrielle Démians d’Archimbaud à partir de 1983, ont permis d’exhumer plus de 1400 tombes. Les os ont été protégés « par la nature argileuse du terrain et l’absence de lessivage par des eaux météoritiques en raison de la protection du site par les constructions postérieures» (Démians d'Archimbaud, Evin et al. 1998).
Pour chaque tombe, les divers os appartenant à un ou plusieurs individus avec les sédiments associés ont été rassemblés et isolés par l’équipe des fouilleurs. Le nettoyage des os et le relevé des données ont été réalisés sous la direction de Bertrand Mafart par des membres du laboratoire d’anthropologie de la faculté de Médecine – secteur nord (UMR 6569, Université de la Méditerranée, Aix – Marseille II).
L’échantillon sur lequel porte notre étude se compose de l’ensemble des restes humains provenant de la fouille de Notre-Dame-du-Bourg conservé dans le laboratoire. Les os provenaient de 1032 tombes du site. Le nombre minimal d’individus (NMI) recensé est de 1719 se répartissant en 1415 adultes et 304 individus immatures (épiphyses non soudées). 776 tombes ne contenaient qu’un seul individu, 256 en contenaient plusieurs.
Les ossements d’une même tombe étaient mélangés dans un même sac, il était donc le plus souvent impossible de trier les os de chaque individu (sauf pour l’association un adulte- un enfant). Pour cette raison, les ossements provenant d’une tombe multiple ont été le plus souvent exclus de l’étude épidémiologique.
L’échantillon de travail a donc été réalisé à partir de tous les ossements d’adultes disponibles provenant des tombes uniques, soit 776 individus (tableau 3).
Les ossements d’une même tombe étaient mélangés dans un même sac, il était donc le plus souvent impossible de trier les os de chaque individu (sauf pour l’association un adulte- un enfant). Pour cette raison, les ossements provenant d’une tombe multiple ont été le plus souvent exclus de l’étude épidémiologique.
Préalablement à notre étude, les crânes et les bassins avaient été lavés, numérotés et classés par des membres du laboratoire. Le reste du squelette était toujours dans des sacs plastiques, les os recouverts de leurs sédiments. Le lavage, numérotage et reconstitution si nécessaire des humérus, radius, ulnas, fémurs, tibias, patellas et péronés des squelettes provenant des tombes uniques ont été réalisés par nous-même. Le reste de l’échantillon a fait l’objet d’un inventaire complet effectué par Bertrand Mafart et nous-même. Les différents recueils de données ont été effectués séparément. Nous mentionnerons le nom des différents opérateurs divers dans chaque chapitre. Divers rangements et inventaires ont été effectués par Bertrand Mafart, Gaspard Guipert, élise Jeusel et nous-même. La saisie informatique des données et leur traitement statistique ont été réalisés par nous-même.
Datation des individus
La datation archéologique des tombes a été réalisée par l’équipe des archéologues du site (Démians d'Archimbaud, Evin et al. 1998 ; Démians d'Archimbaud 2001). Le Centre de Datation par le Radiocarbone de Villeurbanne (alors dirigé par Jacques Evin) a réalisé 58 datations au radiocarbone, sur des ossements et des pièces de bois. Il s’agit d’une des plus importantes séries de dates pour une nécropole médiévale (Démians d'Archimbaud, Evin et al. 1998 ; Démians d'Archimbaud 2001). Les datations proposées sont donc solidement établies. Mlle Gabrielle Démians d’Archimbaud nous a aimablement fourni la liste de datation des sépultures. Les sépultures se répartissent sur 5 périodes :
période « 1 » : du 4e au 7e siècle après J.-C. (antiquité tardive)
période « 2 » : du 8e au 11e siècle (période carolingienne)
période « 3A » : du 11e siècle au début du 13e siècle (Moyen Âge )
période « 3B » : de la fin du 13e au 15e siècle (fin du Moyen Âge )
période « 4 » : 16e et 17e siècles (début de l’ère moderne)
Comme dans tout site archéologique, il reste bien sûr possible que des ossements de différentes périodes aient pu se mélanger (remaniements taphonomiques, réductions).
Représentativité de l’échantillon
Qui étaient les individus ensevelis dans le site ?
Les rares tombes de la période « 1 » datent de la première époque de l’édifice chrétien, les plus anciennes sont certainement encore païennes. Rien n’est connu de leurs occupants. Certains individus contenus dans des sarcophages coûteux possédaient sans doute une certaine importance sociale ou financière. À la fin de cette période, une église d’une taille exceptionnelle pour l’époque est bâtie sur un site autrefois occupé par des mausolées et des bâtiments de taille plus modestes.
Toutes les tombes de la période carolingienne (période « 2 ») sont situées à l’extérieur de l’édifice de l’époque.
L’église est agrandie et exhaussée au début de la période « 3A ». C’est le début d’une multitude d’ensevelissements qui envahissent certaines parties de l’édifice. Les défunts sont accompagnés d’un grand nombre de dépôts funéraires en céramique.
Le quartier du Bourg perd sa place centrale dans la vie urbaine dignoise, une nouvelle cathédrale est construite dans la « nouvelle ville ». L’ancienne cathédrale Notre-Dame-du-Bourg devient peu à peu exclusivement consacrée à l’ensevelissement des défunts. La période « 4 », la plus importante en tombes exhumées, illustre cette vocation funéraire. Signalons que les inhumations des individus morts lors des épidémies de peste ne semblent pas avoir été effectuées à Notre-Dame-du-Bourg.
Un dépouillage des archives paroissiales (Le Hors 1991) a montré qu’au 17e siècle, la quasi-totalité des défunts étaient ensevelis dans deux lieux de sépultures différents à Digne, Notre-Dame-du-Bourg et le Couvent. C’est à Notre-Dame-du-Bourg qu’avait lieu la majorité des sépultures (3288 sur 6146 soit 53% de 1605 à 1670). Les inhumations à Notre-Dame-du-Bourg correspondent pour les proportions des âges et sexes à celles de l’ensemble des décédés de Digne. La représentation sociale par contre est légèrement différente. Même si tous les corps de métiers se retrouvent à Notre-Dame-du-Bourg, la proportion des niveaux socio-professionnels « supérieurs » est un peu plus faible à Notre-Dame-du-Bourg qu’au Couvent. À cette époque, Notre-Dame-du-Bourg est donc un lieu de sépulture un peu plus « populaire » que le couvent. Si la différence existe, il faut la nuancer car il n’y a pas de dichotomie sociale franche mais plutôt une tendance.
Éléments de démographie
Il n’est pas possible ici de présenter une démographie complète du site de Notre-Dame-du-Bourg. Il faudrait pour cela intégrer l’étude de la mortalité infantile, qui ne fait pas partie de notre sujet. Nous présenterons et discuterons uniquement les données concernant les adultes.
Détermination du sexe des individus
Le sexe des individus a été déterminé à partir du bassin selon la méthode de Bruzek (2002). Onze critères non-métriques de l’os coxal sont chacun déterminés en masculins, féminins ou indéterminés. Un calcul final permet (ou non) de proposer un diagnostic sexuel dont Bruzek estime le taux de réussite à 98%. La méthode s’appuie sur des bassins de sexe connu d’échantillons de Français et de Portugais, donc ethniquement proches des individus de Notre-Dame-du-Bourg.
Le recueil des différents critères a été réalisé par Bertrand Mafart, Gaspard Guipert, élise Jeusel et nous-même. Le calcul de détermination a été effectué par nous-même. La méthode de Bruzek repose sur l’analyse d’os coxaux entiers et bien conservés, ce qui n’est que rarement le cas dans la pratique archéologique. Nous avons donc déterminé les signes les plus efficaces pour pouvoir utiliser la méthode sur des os fragmentaires. Une publication spécifique sur ce sujet a été réalisée à partir de l’échantillon de Notre-Dame-du-Bourg (Debono & Mafart 2006, sous presse).
Nous avons ainsi traité les bassins de 505 individus (tableau 3). Le sexes des individus dont aucune partie du bassin n’était disponible ou dans un état de conservation trop médiocre n’a pas été déterminé.
Détermination de l’âge au décès des individus
La détermination de l’âge au décès des individus est une autre donnée indispensable pour l’étude d’un échantillon archéologique mais beaucoup plus difficile à estimer que la détermination sexuelle. L’âge n’est estimé chez l’adulte que sur une altération dégénérative osseuse ou articulaire qui est toujours une donnée personnelle, difficilement superposable entre plusieurs individus. Nous avons choisi la méthode de Schmitt et Broqua (2000). Il s’agit d’une détermination de l’âge à partir de 4 critères visuels de la surface auriculaire de l’ilion (d’après Lovejoy, Meindl et al. 1985), un calcul bayesien est ensuite appliqué pour estimer la probabilité du sujet d’appartenir à telle ou telle tranche d’âge. La technique a été évaluée à partir d’un échantillon de référence portugais d’âge connu.
La détermination précise de l’âge (de l’ordre de l’année) reste totalement illusoire actuellement en paléoanthropologie. Nous avons cherché à classer les individus adultes (épiphyses des os longs soudés) en trois classes d’âge : jeunes (16 à 30 ans), matures (30 à 50 ans) et âgés (plus de 50 ans). En acceptant un taux de confiance minimum de 70% pour estimer l’âge, il ne nous était possible de déterminer que la moitié des individus (261 sur 519 soit 50,3%) dont la surface auriculaire était observable. Afin de réduire l’indétermination, deux super-classes d’âge ont été crées (toujours avec un taux de probabilité de 70%) : plus de 30 ans et moins de 50 ans. Le taux d’indétermination a pu ainsi se réduire à 18,3% (95/519). Une publication spécifique sur ce sujet a été réalisée à partir de l’échantillon de Notre-Dame-du-Bourg (Debono, Mafart et al. 2004a voir annexe).
Le recueil des différents critères a été réalisé par Bertrand Mafart, Gaspard Guipert, élise Jeusel et nous-même. Le calcul de détermination probabiliste a été effectué par nous-même. Nous avons ainsi traité les bassins de 519 individus (tableau 3). Les individus dont aucune partie du bassin n’était disponible ou dans un état de conservation trop médiocre n’ont pas été déterminés. Une observation spéciale a été effectuée pour 32 individus dont les épiphyses des os longs étaient soudées mais pas la crête iliaque (un des derniers points épiphysaires à se souder). Dans ce cas l’âge au décès était de moins de 25 ans (Paturet 1951 ; Webb & Suchey 1985). Cette population pourra être utilisée dans le cas de signes osseux particuliers chez les adultes les plus jeunes.
| Sexe | N | Âge au décès | N | Période | N |
| Hommes | 228 | Jeunes | 89 | 1 | 14 |
| Femmes | 182 | Matures | 43 | 2 | 46 |
| Indéterminés | 95 | Âgés | 129 | 3A | 223 |
| Pas de bassin déterminable | 271 | Plus de 30 ans | 63 | 3B | 93 |
| Moins de 50 ans | 100 | 4 | 386 | ||
| Indéterminés | 95 | 1 ou 2 | 1 | ||
| Pas de bassin déterminable | 257 | 3A ou 3B | 7 | ||
| 3B ou 4 | 3 | ||||
| 2 ou 3A | 3 | ||||
| Total | 776 | Total | 776 | Total | 776 |
tableau 3 : effectifs de l’échantillon analysé de Notre-Dame-du-Bourg (ossements d’adultes provenant d’une tombe unique) selon les déterminations de sexe, d’âge et de période
Démographie des adultes par période
Les 5 périodes possèdent des échantillons de tailles inégales, correspondant aux principales périodes d’ensevelissements à l’intérieur de la cathédrale (tableau 3).
Deux périodes sont particulièrement représentées : la période « 3A » (du 11e siècle au début du 13e siècle) et la période « 4 » (16e et 17e siècles). À elles deux, elles représentent 78,5% des ossements d’adultes retrouvés. Un des thèmes principaux de cette thèse sera la comparaison diachronique entre ces deux périodes. Cette comparaison sera facilitée par le hiatus qui sépare les deux périodes, permettant une séparation franche et assurée. Ces deux périodes appartiennent l’une au Moyen Âge , l’autre à l’ère pré-moderne, ce qui permettra d’entrevoir les différences ou les continuités sur les squelettes humains entre ces grands ensembles historiques.
| Périodes | Sexes | Âges | |||||||||
| Détail des âges | Ensemble des adultes de plus de 30 ans | Ensemble des adultes de moins de 50 ans | |||||||||
| Hommes | Femmes | Total | Jeunes | Matures | Âgés | Plus de 30 ans | Moins de 50 ans | Total | |||
| « 1 » | 4 | 0 | 4 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 | 3 | 1 | 2 |
| « 2 » | 9 | 8 | 17 | 7 | 0 | 3 | 2 | 10 | 22 | 5 | 17 |
| « 3A » | 84 | 66 | 150 | 29 | 18 | 41 | 25 | 46 | 159 | 84 | 93 |
| « 3B » | 31 | 12 | 43 | 15 | 4 | 18 | 1 | 9 | 47 | 23 | 28 |
| « 4 » | 97 | 96 | 193 | 36 | 21 | 63 | 35 | 34 | 189 | 119 | 91 |
| TOTAL | 225 | 182 | 407 | 88 | 43 | 126 | 63 | 100 | 420 | 232 | 231 |
tableau 4 : détail des sexes et âges des individus de l’ensemble de l’échantillon de Notre-Dame-du-Bourg suivant les périodes. L’ensemble des « adultes de plus de 30 ans » correspond à l’union des « matures », « âgés » et « plus de 30 ans », l’ensemble des « adultes de moins de 50 ans » correspond à l’union des « jeunes », « matures » et « moins de 50 ans ».
Plus d’hommes que de femmes ont été exhumés dans la période « 3A », mais la différence n’est pas significative. La parité est par contre exacte dans la période « 4 ». Une théorie propose que la période 1100-1300 aurait pu connaître une diminution relative du nombre de femmes par rapport aux hommes. Cette hypothèse est fondée sur l’analyse d’actes de cette période retrouvant un sex-ratio (H/F) constamment positif (Delort 1982). Remarquons à Notre-Dame-du-Bourg une discrète tendance dans ce sens.
La proportion des individus morts après 50 ans est discrètement plus importante dans la période « 4 » que dans la période « 3A », sans que cette différence soit significative.
Le tableau 4 est basé sur le calcul de tous les bassins dont l’âge et le sexe ont pu être déterminés. Cet échantillon est légèrement différent de l’échantillon de travail (tableau 5) qui servira de base aux études sur les caractères des os longs. Nous avons en effet extrait de ce dernier échantillon les bassins issus de tombes multiples, ainsi que les os coxaux isolés et non associés à des os longs.
| Périodes | Sexes | Âges | |||||||||
| Détail des âges | Ensemble des adultes de plus de 30 ans | Ensemble des adultes de moins de 50 ans | |||||||||
| Hommes | Femmes | Total | Jeunes | Matures | Âgés | Plus de 30 ans | Moins de 50 ans | Total | |||
| « 1 » | 2 | 0 | 2 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 1 | 1 | 0 |
| « 2 » | 8 | 6 | 14 | 6 | 0 | 3 | 2 | 8 | 19 | 5 | 14 |
| « 3A » | 65 | 43 | 108 | 22 | 14 | 26 | 20 | 34 | 116 | 60 | 70 |
| « 3B » | 28 | 11 | 39 | 14 | 4 | 15 | 1 | 8 | 42 | 20 | 26 |
| « 4 » | 81 | 80 | 161 | 30 | 20 | 50 | 33 | 24 | 157 | 103 | 74 |
| TOTAL | 184 | 140 | 324 | 72 | 38 | 95 | 56 | 74 | 335 | 189 | 184 |
tableau 5 : détail des sexes et âges des individus de l’échantillon de travail de Notre-Dame-du-Bourg suivant les périodes. L’ensemble des « adultes de plus de 30 ans » correspond à l’union des « matures », « âgés » et « plus de 30 ans », l’ensemble des « adultes de moins de 50 ans » correspond à l’union des « jeunes », « matures » et « moins de 50 ans ».
Cet échantillon de travail possède des caractéristiques épidémiologiques légèrement différentes de l’échantillon complet. Le sex-ratio est identique mais la représentation des adultes morts après 50 ans est significativement supérieure dans la période « 4 » que dans la période « 3A ». Il faudra en tenir compte pour les caractères liés à l’âge.
| Périodes | Jeunes | Matures | Âgés | Plus de 30 ans | Moins de 50 ans | Ensemble des adultes de plus de 30 ans | Ensemble des adultes de moins de 50 ans | ||||||||||||||
| ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | ♂ | ♀ | sr | |
| « 3A » | 10 | 7 | 1,4 | 8 | 9 | 0,9 | 26 | 11 | 2,4 | 9 | 16 | 0,6 | 24 | 21 | 1,1 | 43 | 36 | 1,2 | 42 | 37 | 1,1 |
| « 4 » | 14 | 13 | 1,1 | 7 | 14 | 0,5 | 39 | 20 | 2,0 | 14 | 20 | 0,7 | 13 | 20 | 0,7 | 60 | 54 | 1,1 | 34 | 47 | 0,7 |
tableau 6 : comparaison des sex-ratio (hommes/femmes) entre les périodes « 3A » et « 4 » selon les tranches d’âge. L’ «ensemble des adultes de plus de 30 ans » correspond à l’union des « matures », « âgés » et « plus de 30 ans », l’ «ensemble des adultes de moins de 50 ans » correspond à l’union des « jeunes », « matures » et « moins de 50 ans ». s-r = sex-ratio.
Le sex-ratio subit des variations entre les deux périodes dans les différentes tranches d’âge, mais aucune des variations n’est significative (tableau 6). Le sex-ratio le plus déséquilibré s’observe pour les adultes les plus âgés, où la proportion des hommes est au moins le double des femmes.
| Périodes | Adultes atteignant l'âge de 30 ans | Adultes atteignant l'âge de 50 ans | ||||||||
| Hommes | Femmes | Hommes | Femmes | Tous sexes (avec indéterminés) | ||||||
| « 3A » | 81,1% | (43/53) | 83,7% | (36/43) | 38,2% | (26/68) | 22,9% | (11/48) | 30,6% | (41/134) |
| « 4 » | 81,1% | (60/74) | 80,6% | (54/67) | 53,4% | (39/73) | 29,9% | (20/67) | 40,9% | (63/154) |
tableau 7 : comparaison des âges atteints par les hommes et les femmes suivant les périodes.
L’âge atteint par les adultes (tableau 7) donne une idée de la durée de vie que peut espérer atteindre un jeune adulte. Les déterminations d’âge permettent de calculer la proportion des adultes atteignant l’âge de 30 ans (somme des individus de plus de 30 ans divisé par le nombre des individus dont on sait s’ils ont ou non atteint 30 ans) et celle des adultes atteignant l’âge de 50 ans (somme des individus de plus de 50 ans divisé par le nombre des individus dont on sait s’ils ont ou non atteint 50 ans).
20% des jeunes adultes meurent avant d’atteindre l’âge de 30 ans. C’est une proportion très stable selon les sexes et dans les deux périodes principales étudiées.
Des différences importantes s’observent par contre pour les proportions de ceux qui atteignent 50 ans. Dans les deux périodes considérées, les femmes atteignent moins souvent que les hommes un âge supérieur à 50 ans (la différence est significative pour la période « 4 » mais pas pour la période « 3A » : p=0,081).
La probabilité d’atteindre 50 ans augmente de 10% entre la période « 3A » et la période « 4 » (tableau 8) mais cette augmentation n’est pas significative (p=0,069).
| Périodes | Individus atteignant l'âge de 50 ans (tous sexes avec indéterminés) | |
| « 1 » | (1/3) | |
| « 2 » | (3/20) | |
| « 3A » | 30,6% | (41/134) |
| « 3B » | 39,1% | (18/46) |
| « 4 » | 40,9% | (63/154) |
tableau 8 : comparaison de la prévalence d’individus atteignant l’âge de 50 ans dans les 5 périodes
L’écart entre la durée de vie des hommes et des femmes se marque surtout entre 30 et 50 ans. Cet écart diminue entre la période « 3A » et la période « 4 ». L’ensemble des risques de santé liés à la grossesse est peut-être à l’origine de cette surmortalité féminine. L’absence de surmortalité féminine avant 30 ans peut s’expliquer car la mortalité obstétricale, faible chez les jeunes mères, est connue pour augmenter après l’âge de 20 ans (Mafart 1994).
Causes des décès
Dans la plupart des cas, il n’a pas été possible de diagnostiquer la ou les causes du décès sur l’examen du squelette. Tout d’abord, un diagnostic cohérent ne peut être porté que sur toutes les pièces du squelette, nettoyées et examinées ensemble. Ensuite et surtout, le squelette n’enregistre qu’une petite partie des affections pouvant atteindre le vivant. Seules quelques affections médicales potentiellement mortelles ayant des atteintes osseuses peuvent être évoquées comme certaines infections (tuberculose, lèpre ou syphilis par exemple), sans d’ailleurs que leur présence soit nécessairement létale.
Les traumatismes graves sont aussi difficiles à mettre en évidence car si la mort a suivi de près le traumatisme, la fracturation traumatique des os ne pourra (le plus souvent) être distinguée d’une fracturation taphonomique post-mortem. Quelques artefacts guerriers (traces de coup d’épée, pointes incrustées dans l’os) seront plus parlants mais de découverte rare (nous n’avons rien retrouvé de tel à Notre-Dame-du-Bourg). Un coup peut d’ailleurs être mortel sans qu’il touche de partie osseuse (cou, abdomen).