Introduction
Les fouilles de la cathédrale Notre-Dame-du-Bourg de Digne réalisées sous la direction de Gabrielle Démians d’Archimbaud depuis 1983 ont permis d’exhumer un vaste ensemble de squelettes de personnes ayant vécu entre le 4e et le 17e siècle de notre ère dans une ville de Haute-Provence. Depuis plusieurs années, ce matériel anthropologique est étudié sous la direction de Bertrand Mafart qui dirige ce travail. Plusieurs travaux de DEA, thèses d’université et publications ont été basés sur ce matériel. Ces travaux ont porté jusqu’à présent surtout sur des études dentaires, du crâne et du bassin. Les ossements du post-crâne (sauf le bassin) n’avaient pas encore fait l’objet d’études spécifiques.
L’abondance du matériel, la qualité de sa datation et la stabilité potentielle de sa population caractérisent le matériel osseux issu de ces fouilles. La majeure partie des ossements est datée de deux périodes peu éloignées dans le temps (11e-13e siècles et 16e-17e siècles) mais entre lesquelles la société a profondément évoluée. Il nous a semblé possible dans ces conditions de réaliser une analyse diachronique crédible, y compris en prenant en compte les caractéristiques de sexe et d’âge. Le grand nombre d’ossements permettant en particulier des calculs statistiques significatifs.
Ce travail s’est cantonné à l’étude du post-crâne chez les adultes du site. L’étude du squelette post-crânien fut longtemps le parent pauvre de l’anthropologie. Des anciens grecs exhumés à Troie, Schliemann et Virchow ne gardèrent que quelques crânes (Grmek 1983). Plus tard, son étude fut limitée à quelques traits spectaculaires (taille, fractures, malformations, atavismes supposés, etc.) Depuis quelques temps, le squelette post-crânien suscite plus d’intérêt, surtout grâce au concept nouveau de « marqueur osseux d’activité ». Il est apparu aux chercheurs que le remodelage osseux continu au cours de la vie pouvait « enregistrer » des stigmates des activités les plus répétitives et donc permettre une meilleure connaissance des activités de ces populations disparues. Globalement, les caractères relevés sur le squelette post-crânien souffrent d’une connaissance encore incomplète ce qui provoque des interprétations étiologiques parfois mal établies.
Nous avons souhaité dépasser le clivage traditionnel entre l’anthropologie et la paléopathologie. Notre démarche ne fut pas de réaliser une étude exhaustive, soit des problèmes de santé, soit des caractéristiques physiques de l’échantillon. Nous avons plutôt choisi les caractères du post-crâne appartenant aux deux disciplines pour leur efficacité supposée à donner des informations sur le mode de vie de ces populations et leur évolution diachronique.
Par cette étude, nous avons donc poursuivi deux objectifs :
Faire le point des connaissances sur ces caractères post-crâniens encore imparfaitement connus et participer à la discussion épidémiologique et étiologique, grâce notamment à l’étude des ossements issus de Notre-Dame-du-Bourg.
À l’aide des conclusions précédentes, étudier les différences diachroniques de ces caractères à Notre-Dame-du-Bourg. Le but étant de participer à la connaissance de la population et de son mode de vie dans ce site provençal.